Théophile Gautier remercie son ami Louis de Cormenin de l'avoir remplacé à La Presse pendant son voyage de quatre mois (de juin à octobre) en Turquie, en Grèce et en Italie.
 
 
À Louis de Cormenin
 
 
 
18 octobre 1852
 
 

Mon cher Louis,

Voici que j'arrive enfin pour te relever de la longue faction de quatre mois que tu as faite à ma place dans la guérite du feuilleton, le lorgnon à la main, la plume au bras, disant aux pièces: «Passez au large» ou bien «Entrez» suivant leur mérite. Tu as vu par intérim les vaudevilles d'été, les mélodrames caniculaires; tu as assisté avec un rare courage au défilé des ours les plus chenus et les plus grognons; les théâtres ont vidé leurs arrières cartons sur ta tête innocente, tandis que moi, je m'enivrais, non sans remords, de lumière et d'azur, dans ces beaux pays aimés du soleil; ami coupable, je me promenais aux eaux douces d'Asie ou je grimpais à l'Acropole, le jour même où tu tâchais de rendre supportable, à force de traits et de style, l'analyse de quelque imbroglio stupide; reçois ici mes remerciements pour ce temps de liberté que tu m'as donné, et puissent les abonnés de La Presse, habitués déjà à ton esprit charmant, ne pas regarder mon retour comme trop inopportun.

                                                                                Théophile Gautier
 

(Tome V, p. 112 )
 
 

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