Mon cher Louis,
Voici que j'arrive enfin pour te relever de la longue faction de quatre mois que tu as faite à ma place dans la guérite du feuilleton, le lorgnon à la main, la plume au bras, disant aux pièces: «Passez au large» ou bien «Entrez» suivant leur mérite. Tu as vu par intérim les vaudevilles d'été, les mélodrames caniculaires; tu as assisté avec un rare courage au défilé des ours les plus chenus et les plus grognons; les théâtres ont vidé leurs arrières cartons sur ta tête innocente, tandis que moi, je m'enivrais, non sans remords, de lumière et d'azur, dans ces beaux pays aimés du soleil; ami coupable, je me promenais aux eaux douces d'Asie ou je grimpais à l'Acropole, le jour même où tu tâchais de rendre supportable, à force de traits et de style, l'analyse de quelque imbroglio stupide; reçois ici mes remerciements pour ce temps de liberté que tu m'as donné, et puissent les abonnés de La Presse, habitués déjà à ton esprit charmant, ne pas regarder mon retour comme trop inopportun.
Théophile Gautier
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