Lettre de condoléances à L. de Cormenin dont la mère venait de mourir. Gautier avait lui-même perdu sa mère cinq ans plus tôt.
À Louis de Cormenin
 
 
 
Ce 15 avril 1853
 
 

Mon pauvre Louis,

J'apprends par Saint Victor l'affreux malheur qui vient de te foudroyer. Devant une telle douleur, il n'y a rien à dire, on ne console pas de l'irréparable. Mais tu sais que mon cœur t'est ouvert et quand ta tristesse te sera trop lourde, viens m'en donner la moitié; hélas! j'ai déjà l'expérience de ces pertes imprévues et qui surprennent toujours, même lorsqu'on s'y attend, et le coup qui te frappe fait saigner ma plaie à peine cicatrisée. Toute la maison est dans la stupeur et la désolation; tu y es aimé de tout le monde et chacun compatit profondément à ta peine. Tâche de surmonter ton chagrin physiquement, car moralement c'est impossible, et n'ajoute pas à notre douleur celle de te savoir malade. Offre mes condoléances bien sincèrement affligées à ton Père et crois moi ton ami de cœur et d'âme.

                                                                                Théophile Gautier

(Tome V, p. 176)
 
 

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