Le Figaro du 8 avril annonçait que Théophile Gautier souffrait d'une pleurésie. En réalité, il s'agissait d'une forte grippe qui avait semblé un moment s'aggraver. À la suite de l'article, l'Empereur Napoléon III lui-même fit prendre des nouvelles de Gautier.
 
 
À Carlotta Grisi
 
Ce 8 avril 1868
 

Ma chère Carlotta,

Si vous voyez dans le Figaro ou d'autres journaux que je suis à toute extrêmité ou même mort ne vous en inquiétez pas. Je vis et cette lettre vous le prouve. Il est vrai que j'ai eu une très forte indisposition dont j'ai triomphé en deux ou trois jours et qui ne m'a même pas empêché de faire mon feuilleton. La pensée que vous seriez alarmée en ne voyant pas mon article à son jour m'a soutenu et m'a fait surmonter ma fatigue car je pense que vous m'aimez toujours un peu et que vous ne m'avez pas oublié tout à fait quoique vous m'écriviez bien rarement. Cette nouvelle non pas entièrement fausse mais défavorablement exagérée s'est répandue dans tout Paris et l'on me croyait si bien in periculo mortis que l'Empereur, l'Impératrice, la Princesse Mathilde, le Surintendant ont envoyé prendre de mes nouvelles dès le matin et que toute la journée ça été à la maison une procession d'amis, de cartes, de lettres et de marques d'intérêt de toutes sortes. De manière que vivant et très vivant j'ai pu voir l'effet de ma mort et juger que je serais regretté de tout le monde. Excusez la brièveté de ma lettre elle n'a d'autre but que de vous rassurer sur mon compte et de vous dire que bien ou mal portant je suis toujours votre éternel et dévoué ami. Quelques jours passés à St Jean près de vous me remettront. Mille compliments à tout le monde, un bon baiser à vous et aux fillettes.

A bientôt

                                                                                Théophile Gautier
 

(Tome X, p. 103-104)
 
 

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