Dans Choses vues, Victor Hugo nota que le cheval fut sauvé.
 
 
À Victor Hugo
 
29 décembre 1870 (?)
 

Cher et vénéré maître,

Celui qui n'a aimé et adoré que vous dans toute sa vie, vient, les larmes aux yeux, vous prier de sauver par une de vos paroles toutes puissantes une pauvre et charmante bête qu'on veut mener à l'abattoir. Votre bonté universelle comme la bonté divine a pitié de la bête comme de l'homme. Il s'agit de mon cheval que j'ai préservé jusqu'à présent. Dites un mot pour lui à Mr Magnin ou au général Le Flô et vous obtiendrez sa grâce. Si je ne vais pas vous supplier moi-même c'est que je suis retenu dans ma chambre par un rhume qui frise la fluxion de poitrine. -- Vous qui avez l'âme aussi tendre que grande et qui, terrible comme Jupiter foudroyant, avez sur la vie les scrupules d'un brahme, faites qu'on épargne ce pauvre être innocent. -- Je suis sûr du moins que vous ne rirez pas de ma douleur. Il faut agir promptement je n'ai qu'un répit de vingt-quatre heures.

La bête est chez Mr Deligne avenue Malakoff no 16 -- inscrite sous mon nom. Je suis honteux de déranger Olympio pour si peu de choses; mais il pardonnera cette hardiesse à son ancien Albertus, à son page romantique des jours d'Hernani

Beso a vd las manos

                                                                                Théophile Gautier

(Tome XI, p. 141)
 
 

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