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Des deux régions où se développèrent des sociétés sédentaires, celle de la côte du Pacifique était de loin la plus peuplée, grâce aux riches ressources de l'océan et des forêts humides. En fait, c'était l'une des zones non agricoles les plus densément peuplées du monde. L'autre région était le sud de l'Ontario, dont le climat et le sol fertile favorisaient l'agriculture. Les habitants du Canada parlaient plus de 50 dialectes classés en 12 familles dont la moitié n'existaient qu'en Colombie-Britannique. Comme c'est le cas de nos jours, les plus répandus étaient le cri, chez les Algonquins, et l'inuktituk, une langue eskaleut de l'Arctique.
Les peuples qui vivaient à la fois de l'agriculture et de la chasse comprenaient les divers groupements iroquois ainsi que certains Algonquins Odawa (Outaouais) qui occupaient la vallée du Saint-Laurent et la région des Grands Lacs. Sur la côte de l'Atlantique, les Algonquins Abénakis, «les peuples du soleil levant», habitaient surtout en Nouvelle-Angleterre, mais aussi dans la vallée du Saint-Laurent. Les plus connus sont les Hurons et les Iroquois, dont les confédérations jouèrent un rôle important lors des premiers contacts avec les Européens. Les Hurons, les Iroquois et les Abénakis entouraient leurs villages de palissades et semaient ensemble le maïs, les haricots et les courges, les célèbres «trois soeurs». Certains groupements hurons se spécialisaient dans la culture du tabac. La permanence de ces villages dépendait des ressources locales : lorsque le sol, le bois de chauffage ou le gibier était épuisé, les habitants allaient s'installer ailleurs, ce qui se produisait tous les 10 à 50 ans. Les Hurons, à l'extrémité sud-est du lac du même nom, vivaient au carrefour nord-sud des réseaux commerciaux qui sillonnaient l'Amérique du Nord autochtone. Principaux négociants du Nord, ils échangeaient des produits agricoles contre du gibier. Au sud et à l'est du lac Ontario, les Cinq-Nations (qui devinrent plus tard les Six-Nations) contrôlaient les routes principales reliant la côte de l'Atlantique à l'intérieur du pays. Cette situation devint un facteur important des politiques coloniales européennes lorsque la colonisation progressa vers l'ouest. Tous les autres peuples qui occupaient le Canada étaient des nomades vivant de la chasse et de la cueillette. Dispersés, ils possédaient une organisation sociale rudimentaire, mais connaissaient à fond le pays et ses ressources. Comme les Autochtones de la côte du Nord-Ouest, ceux du golfe du Saint-Laurent, de la côte de l'Atlantique et de l'Arctique étaient aussi bons pêcheurs que chasseurs.
En dépit de la simplicité de leur situation matérielle et quel qu'ait été leur mode de vie, ces peuples jouissaient de relations sociales satisfaisantes sous-tendues par une spiritualité complexe. Pour eux, l'univers était un lieu habité par des êtres qui dépendaient les uns des autres. L'humanité faisait partie d'un tout dont le fonctionnement ordonné et harmonieux résultait de l'équilibre de différentes forces. Contribuer à maintenir cet équilibre par des rites, des cérémonies et des tabous était une responsabilité qu'ils ressentaient profondément.
Les premiers contacts connus entre les Européens et les Autochtones eurent lieu dans l'Arctique, lorsque les Scandinaves débarquèrent à la terre de Baffin et le long de la côte de l'Atlantique. Deux des peuples les plus probablement affectés, les Dorset et les Béothuk, ont disparu depuis. Les Dorset s'installèrent dans l'Arctique avant les Inuit qui les déplacèrent; les Béothuk, un peuple protoalgonquin, habitaient Terre-Neuve. On ne sait presque rien de ces premiers contacts. La brièveté du séjour des Scandinaves en Amérique laisse à penser qu'avant l'ère de la poudre à canon, les hommes armés de pierre et d'os surent résister aux hommes armés de fer; il est possible que la tentative de colonisation scandinave dans le nord de Terre-Neuve ait duré jusqu'à six décennies. Les contacts se poursuivirent de façon sporadique jusqu'au 16e siècle, alors que les Européens commencèrent à exploiter les pêcheries de l'Atlantique Nord; ce terme désignait aussi la chasse aux mammifères marins. À cette époque, la technologie baleinière des Inuit était la plus perfectionnée au monde. Alliée aux vaisseaux de haute mer européens, elle transforma la pêche à la baleine en une industrie d'envergure mondiale, où les harponneurs autochtones se distinguèrent. La pêche à la morue entraînait des contacts beaucoup moins fréquents avec les Autochtones; sauf le séchage du poisson, qui se faisait à terre, les autres activités de pêche avaient lieu en haute mer. La traite des fourrures, d'abord dérivée de la pêche, exigeait des relations beaucoup plus étroites. On estime que lorsque la colonisation européenne commença véritablement, au début du 17e siècle, 1 000 navires venaient déjà chaque année faire la pêche et la traite des fourrures dans le golfe du Saint-Laurent et le long de la côte de l'Atlantique Nord. Bien qu'elle ait procuré des avantages, la pêche fut aussi une source de mésentente. Les Béothuk, par exemple, n'eurent jamais de relations de travail avec les Européens; une tolérance inquiète fit place à une hostilité qui se transforma en lutte ouverte. Le dernier Béothuk connu mourut en 1829. Les Iroquois du Saint-Laurent sont un autre peuple disparu, bien que dans ce cas les Européens n'aient pas été directement responsables. Au cours de son deuxième voyage au Canada, en 1535-1536, Jacques Cartier découvrit des villages de pêcheurs et d'agriculteurs disséminés le long de la rive nord du Saint-Laurent, du Golfe à Hochelaga (Montréal). À l'arrivée de Samuel de Champlain, en 1608, ces villages n'existaient plus. Il est possible que leur disparition soit attribuable à des évènements déjà en cours avant l'arrivée des Européens; selon les études archéologiques, d'importants mouvements de population s'étaient déjà produits au cours des siècles.
L'expansion de la traite des fourrures et la rapide pénétration de l'intérieur par les Européens n'auraient pas été possibles sans l'aide et le savoir des Autochtones. Les Inuit, les Innu (Montagnais et Naskapis), les Mi'kmaq et les Malécites furent les premiers à établir des relations durables avec les Européens. Cependant, les Hurons sont les plus connus des partenaires de la France dans la traite des fourrures, bien que cette alliance n'ait pas duré. Elle commença en 1615, lorsque Champlain visita la Huronie, et prit fin en 1649 avec la dispersion de la confédération du nord par les Cinq-Nations. Il est possible que le commerce avec les Européens ait aggravé une hostilité qui existait déjà entre les deux confédérations. Les Amérindiens jouèrent aussi un rôle de premier plan dans les luttes coloniales entre la Grande-Bretagne et la France. Les principaux alliés des Français étaient les Abénakis, les «Indiens» des guerres frontalières avec les Français et les Indiens. Dans le camp français se trouvaient aussi les Mi'kmaq et les Malécites, deux groupes apparentés, ainsi que certains Algonquins. Les Britanniques étaient alliés avec les Cinq-Nations. Les deux principaux conflits avec les Amérindiens du Canada furent la guerre contre les Iroquois et la guerre contre les Mi'kmaq. La première dura un siècle, jusqu'en 1701, date à laquelle la paix fut signée à Montréal. La seconde se joua en une série de raids qui dura du premier contact jusqu'à la défaite finale de la France, en 1760. La dernière guerre coloniale, une sorte de post-scriptum de la guerre de l'Indépendance américaine, eut lieu en 1812-1814. Ces hostilités, et surtout la guerre de l'Indépendance, eurent pour conséquence de fragmenter la ligue des Six-Nations, dont les membres s'allièrent avec l'un ou l'autre adversaire; ceux qui se battirent avec les Britanniques, les Agniers (Mohawks) en particulier, perdirent leurs terres ancestrales. Par la suite, ils se rétablirent dans le sud de l'Ontario, sur des terres que les Anglais avaient achetées pour eux aux Mississagués, une branche des Ojibwés. C'est là que les Six-Nations se reconstituèrent; de nos jours, c'est la plus importante des 607 bandes canadiennes. La fin des guerres coloniales marqua aussi celle du partenariat actif entre les Amérindiens et les Européens. On n'avait plus besoin des Amérindiens pour la guerre, ni même pour l'exploration, puisque les Anglais occupaient tout le pays. Le commerce des fourrures perdait du terrain face à l'importance grandissante de l'industrie du bois et de l'agriculture, domaines ne faisant pas appel au savoir autochtone. Par ailleurs, l'immigration européenne était devenue une invasion, à tel point que, en 1812, selon certaines estimations, les Amérindiens du Haut-Canada (Ontario) ne représentaient plus que 10 p. cent de la population. Ce déclin, qui avait commencé à l'apparition des maladies d'origine européenne, continua jusque bien après le début du 20e siècle et donna naissance au mythe d'un peuple en voie de disparition. À l'heure actuelle, cette tendance s'est renversée, et les Autochtones connaissent le taux de croissance le plus élevé de toute la population canadienne. Actuellement, on estime que le Canada compte 1,2 million d'Autochtones, soit 4,3 p. cent de la population.
À cette époque, l'augmentation de l'utilisation industrielle des peaux de bison entraîna une exploitation plus intensive des troupeaux. Le bison n'était pas que le moyen de subsistance des Indiens des Plaines; les trappeurs en faisaient aussi un aliment de base, le pemmican, facile à transporter et qui pouvait se conserver indéfiniment. Cette exploitation supplémentaire entraîna la disparition des troupeaux. À la fin du 19e siècle, ils n'étaient plus qu'un souvenir, et les Indiens mouraient de faim. Vers la même époque, la chasse excessive aux baleines, et surtout aux morses, diminuait gravement les ressources alimentaires des Inuit. Sur la côte du Nord-Ouest, le commerce des fourrures de phoque et de loutre de mer se poursuivit jusqu'à la disparition presque totale de ces animaux, vers 1825. Au milieu du siècle, ce fut la découverte de gravier aurifère dans la rivière Fraser : des chercheurs d'or indifférents aux droits des Autochtones envahirent les terres amérindiennes. Plus tard, lors de la ruée vers l'or au Klondike, la même situation se produisit au Yukon. L'administration des territoires autochtones continua de poser des problèmes qu'on chercha à résoudre par une série de trois proclamations. La dernière et la plus importante, promulguée en 1763, fait aujourd'hui partie intégrante de la Constitution du Canada. Sa clause la plus connue prescrit que seule la Couronne peut révoquer les «titres indiens». Cette proclamation fut à l'origine des traités par lesquels les Autochtones renonçaient à de vastes régions en échange de terres qui leur seraient exclusivement réservées. En Ontario, les premiers traités furent signés en 1764, tandis que, dans l'Ouest, le premier l'a été en 1871, au Manitoba. En 1923, on en comptait plus de cinquante. Le gouvernement considérait ces traités surtout comme un moyen de libérer des terres pour les colons, mais les Autochtones estiment encore aujourd'hui qu'ils définissent leurs relations avec le pays.
Dans l'Ouest, l'administration des Autochtones dut tenir compte de l'apparition des Métis. Ce peuple aux ascendants indiens et européens habitant surtout la vallée de la rivière Rouge, se définissait depuis le début du 19e siècle comme une «nation nouvelle» possédant les mêmes droits que les Autochtones. Par contre, le gouvernement fédéral les considérait comme Blancs et ne leur reconnaissait pas ces droits. La question des terres, primordiale, entraîna à deux reprises des affrontements entre Métis et autorités fédérales. Dans le premier cas, la création de la province du Manitoba, en 1870, fut le résultat de disputes dans la région de la rivière Rouge. Plus tard, lors de la rébellion du Nord-Ouest en 1885, des Cris des Plaines, désespérés par la disparition du bison, se joignirent aux Métis. La suppression de ce soulèvement laissa les Métis dans une sorte de vide juridique, dont ils ne sont sortis en partie qu'en 1982, date à laquelle la Constitution leur accorda le statut d'Autochtone, sans cependant définir le terme «Métis». Pour les Cris et les Amérindiens de l'Ouest en général, ces remous furent suivis d'une période de répression durant laquelle Ottawa tenta, par des édits, de supprimer les coutumes amérindiennes telles que le «potlatch» et les «danses du soleil.» Dans l'Ouest, un système de laissez-passer interdisait aux Autochtones de quitter leurs réserves. Bien qu'on ait déjà reconnu, à l'époque, qu'il portait atteinte aux droits de la personne, ce système était encore en vigueur dans quelques réserves isolées vers 1950.
L'éducation devint un élément important de l'effort d'assimilation. Dans ce but, les internats et les écoles industrielles semblèrent particulièrement efficaces, car elles enlevaient les enfants à leurs familles et à leurs communautés. En même temps, on saisit chaque occasion de réduire le territoire des réserves, parfois par des procédés fort douteux. Ce n'est qu'après la Seconde Guerre mondiale que la montée de l'anticolonialisme sensibilisa l'opinion publique à la culture et au patrimoine des peuples autochtones, ce qui prépara la voie au mouvement «Red Power», fortement soutenu par la renaissance de la spiritualité autochtone traditionnelle.
Les modifications apportées à la Loi sur les Indiens en 1951 marquèrent les débuts un peu hésitants d'une plus grande mesure d'autonomie. Pour la première fois, les Autochtones avaient été consultés. On accordait de plus grands pouvoirs financiers aux bandes; cependant, ce n'est que sept ans plus tard que ces dernières accédèrent à l'autonomie budgétaire. Aujourd'hui, elles administrent plus de 80 p. cent du budget du Programme des affaires indiennes et inuit. En 1960, les Amérindiens acquirent le droit de voter aux élections fédérales sans perdre leur statut. Le Québec fut la dernière province à leur accorder le droit de vote, en 1968. L'éducation est un domaine de première importance; en 1970, l'école Blue Quills, en Alberta, fut la première à passer sous le contrôle autochtone, et en 1988, on ferma le dernier internat fédéral. Les Amérindiens exercent dans ce domaine un contrôle de plus en plus grand : depuis 1990, par exemple, les bandes manitobaines administrent leur propre système d'enseignement dans les réserves. Les bandes gèrent aussi la plus grande partie de leurs programmes de santé et de bien-être social, et certains groupes autochtones se font de plus en plus entendre au sujet des problèmes écologiques affectant leurs territoires. La modification de la Loi sur les Indiens connue sous le nom de Projet de loi C-31, et votée en 1985, fut une victoire pour les Amérindiennes mariées à des non-Indiens; elles purent désormais garder leur statut d'Autochtone et le transmettre à leurs enfants. Ceci ne garantit cependant pas leur accueil dans les réserves, où les bandes ont l'autorité. C'est dans les réserves de l'Alberta que ces femmes sont les moins acceptées. Dans son Livre blanc de 1969, le gouvernement fédéral proposa l'abrogation de la Loi sur les Indiens, qui aurait mis fin à la distinction entre Indiens inscrits et Indiens non inscrits, ainsi qu'à celle établie entre les Autochtones et les autres Canadiens. Cette proposition souleva de telles protestations de la part des Indiens qu'elle fut abandonnée en 1971. Actuellement, le statut juridique des Autochtones est défini par la Loi sur les Indiens, la Constitution et les traités. De nos jours, les revendications territoriales et les accords assurant l'autonomie gouvernementale sont réglés de plus en plus rapidement. La Loi sur le règlement des revendications des Autochtones de la Baie James (le terme «traité» n'est plus utilisé) donna le ton, et la Loi sur les Cris et les Naskapis du Québec, votée en 1984, fut le premier pas du Canada vers l'autonomie gouvernementale des Autochtones. Avant la fin du siècle, l'autonomie du vaste territoire de Nunavut, situé dans l'est de l'Arctique et comprenant un cinquième de la superficie du Canada, sera un fait accompli. Ces négociations ne se poursuivent pas sans difficulté, comme le démontrent l'«été indien» d'Oka et le litige au sujet des terres du lac Lubicon, dans le nord de l'Alberta, qui dure depuis 50 ans. Selon Ovide Mercredi, grand chef de l'Assemblée des Premières Nations, les accords devraient être négociés à l'échelle nationale avec tous les chefs du pays. Cependant, ces derniers préfèrent une approche régionale, telle que celle de l'Assemblée des chefs du Manitoba, qui ont déjà signé leur propre accord préliminaire d'autonomie. Ce qui est désormais évident, c'est que les Autochtones du Canada seront appelés à jouer un rôle beaucoup plus actif dans la conduite des affaires du pays. L'autonomie et le renouveau culturel dans un monde moderne marqué par la transformation rapide de la technologie, de l'environnement et de la culture seront pour eux des défis à relever. C'est sans doute en alliant les bienfaits du monde moderne à leurs traditions les plus précieuses que les peuples autochtones seront en mesure de réaliser leur avenir. |
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Pour en savoir plus à propos de ce sujet, visiter ces liens à d'autres endoits sur l'Internet avec des sujets reliés*Entreprise Autochtone Canada/Aboriginal Business Canada - http://www.abc.gc.ca/
Aboriginal Links: Canada & U.S. - http://www.bloorstreet.com/300block/aborcan.htm
Aboriginal Youth Business Council - http://www.aybc.org/
Aboriginal Youth Network - http://ayn.ca/
Artic Circle - http://arcticcircle.uconn.edu/
*Assemblée des Premières Nations/Assembly of First Nations - http://www.afn.ca/
Great Lakes Regional American Indian Network - http://www.glrain.net/glrain/
*Affaires indiennes et du Nord Canada/Indian and Northern Affairs Canada - http://www.inac.gc.ca/
NativeWeb - http://www.nativeweb.org/
Nunavut Planning Commission - http://npc.nunavut.ca/
Northern Learning Network - http://siksik.learnnet.nt.ca/
Prince of Wales Northern Heritage Centre - http://pwnhc.learnnet.nt.ca/
Premières nations sur RESCOL/SchoolNet's First People's - http://aboriginalcollections.ic.gc.ca/
Spirit of Aboriginal Enterprise - http://sae.ca/
Television Northern Canada - http://siksik.learnnet.nt.ca/tvnc/main.html
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[English Version] | [Études Canadiennes] |
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