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L'industrie cinématographique canadienne s'est développée dans l'ombre d'Hollywood. Dès 1930, le cinéma était devenu le divertissement populaire par excellence, et presque tous les films présentés au pays étaient déjà des films étrangers, français ou britanniques, mais surtout américains. Petit à petit, au cours des soixante dernières années, le Canada a créé sa propre industrie cinématographique. Cependant, même de nos jours, moins de cinq pour cent des films présentés au pays sont canadiens. Pourquoi? Doit-on s'inquiéter du fait que les Canadiens voient surtout des films tournés à l'étranger, et en particulier à Hollywood? Que fait-on pour lutter contre l'influence de ces films sur la culture canadienne? Pour pouvoir répondre à ces questions, il faut étudier la relation entre le cinéma et les autres formes de culture populaire d'une part et la création d'une identité nationale de l'autre part. En outre, nous devons examiner la production et la mise en marché de la culture populaire dans les sociétés modernes.
Depuis les années 1920, nous nous inquiétons du flot de culture populaire qui nous vient de l'extérieur. Et c'est bien d'une inondation qu'il s'agit. Comme le montre le tableau I, les Canadiens et les Canadiennes consacrent une énorme proportion de leur temps à lire des magazines et des livres étrangers, à écouter de la musique, à regarder des films et des programmes télévisés produits ailleurs. Avec la répétition, ces médias transmettent, et souvent transfèrent, des traits culturels tels que les modes vestimentaires, la musique et certaines expressions utilisées dans les films, par exemple. De la même façon, les valeurs et les convictions exprimées par ces médias peuvent, à la longue, modifier les façons de voir et d'agir, et même la culture, de leur public. D'après certains observateurs, la culture canadienne, du moins telle que les médias la dépeignent, est une«culture invisible». Il faut en effet la chercher avec attention pour la découvrir. En 1951, le rapport Massey, l'une des premières études gouvernementales sur les nombreux aspects de la culture et des médias de masse, affirma catégoriquement que la survie même de notre nation était en danger. Ses auteurs considéraient la culture comme l'adhésif qui cimente la société, et qui définit notre identité tant individuelle que collective. Les échanges et la coexistence sont impossibles sans un certain nombre de convictions et de comportements de base en commun, sans une culture commune. L'invasion américaine par le truchement du cinéma, de la radio et des périodiques menaçait «d'étouffer plutôt que de stimuler notre créativité», selon ce rapport. Après avoir étudié l'industrie cinématographique, les auteurs concluaient qu'«Hollywood nous recrée à son image», et que sans une culture «maison» commune, entretenue par tous les médias de masse, les Canadiens perdraient tout sentiment de leur identité. ![]()
Depuis, nos gouvernements ont pris diverses mesures dans le but de soutenir la culture canadienne. Par exemple, certaines institutions gouvernementales, telles que la CBC (Canadian Broadcasting Corporation), Radio-Canada et TVOntario, ont pour fonction de diffuser une forte proportion de culture canadienne. Des lois et des règlements ont aussi été édictés dans le but d'obliger les entreprises privées de télédiffusion telles que la CTV, Global et autres, à présenter un nombre minimum de programmes à contenu canadien. Enfin, les gouvernements fédéral et provinciaux offrent de nombreux prêts, subventions et encouragements fiscaux dont le but est d'encourager la production culturelle au Canada. La logique est la même dans tous les cas. Sans le soutien du gouvernement, nous produirions encore moins de films, de musique et de programmes télévisés. En conséquence, les Canadiens n'auraient que peu ou pas de contact avec les images et les concepts qui reflètent ou explorent la vie dans notre pays.
En raison des coûts de production très élevés, les principaux studios d'Hollywood, tels que la Paramount, Warner Bros., Twentieth-Century Fox et Disney, consacrent d'énormes sommes d'argent et d'effort à la mise en marché de leurs films. Les «stars» hollywoodiennes jouent un rôle très important dans ce processus; leur nom peut garantir le succès d'un film, ce qui explique leurs salaires opulents. Afin d'assurer le succès financier de leurs films, les studios hollywoodiens s'imposent dans le monde entier. Leur but est simple : attirer le plus grand nombre possible de spectateurs. Le vaste marché américain constitue une base solide qui leur permet de récupérer la plus grande partie de leur mise de fonds, et les ventes à l'étranger représentent des profits supplémentaires. Afin de réaliser ces profits, les studios d'Hollywood sont très entreprenants. Au Canada, par exemple, leurs contrats obligent les principales chaînes de cinémas (Cineplex- Odéon et Famous Players) à projeter en majeure partie des films faits à Hollywood. C'est aussi le cas des grands distributeurs et détaillants de vidéocassettes, tels que Blockbuster : pour obtenir des copies des films à succès américains, les propriétaires de cinémas et de magasins doivent accepter les conditions posées par les studios américains. À cause du contrôle exercé par Hollywood sur le marché cinématographique au Canada, la plus grande partie des revenus des cinémas et des magasins de location de vidéocassettes s'achemine vers les États-Unis. L'argent que les Canadiens dépensent au cinéma finance, à Hollywood, la production d'autres films. En raison de ces accords commerciaux et de la puissance économique d'Hollywood, le cinéma canadien ne peut pas faire concurrence aux films américains sur le marché sans une aide gouvernementale quelconque. Il en va de même pour les émissions télévisées. Les programmes produits aux États-Unis à un coût très élevé sont vendus aux télédiffuseurs canadiens pour beaucoup moins. Par exemple, un épisode de Beverly Hills 90210 (qui dure une heure) coûte environ 1 million de dollars. Il est vendu au Canada pour à peu près 50 000 $. Même s'il n'en coûtait que 500 000 $ pour produire une émission semblable ici, on voit facilement pourquoi les télédiffuseurs canadiens préférent en général acheter des séries américaines. Ainsi que le montre le tableau I, environ quatre pour cent seulement des émissions dramatiques diffusées par la télévision canadienne sont produites au pays. Cependant, ce chiffre ne correspond pas à un manque de popularité des émissions canadiennes (en fait, des enquêtes ont démontré qu'un nombre respectable de téléspectateurs canadiens les regardent). C'est plutôt un indice des réalités commerciales de la télédiffusion et du coût relativement plus élevé de la production canadienne, comparé à celui des programmes américains. Le gouvernement se voit donc obligé de réglementer la télévision afin d'obliger les télédiffuseurs canadiens à investir davantage dans la production d'émissions qu'ils ne le feraient autrement. En outre, il dépense chaque année un total de près de 100 millions de dollars en prêts et encouragements fiscaux afin de favoriser la production d'émissions dramatiques au Canada.
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Le prestige d'Hollywood se fit sentir dès les années 1920, et continue de s'exercer de nos jours sur les réalisateurs, scénaristes et acteurs canadiens : les cinéastes Ivan Reitman et Norman Jewison et les acteurs Martin Short, Jim Carrey et John Candy ne sont que quelques exemples récents d'un exode qui a commencé à l'époque de Mary Pickford, vedette du cinéma muet. Un cynique pourrait en conclure qu'il existe bien une industrie cinématographique canadienne, mais qu'elle se trouve... à Los Angeles. ![]() C'est depuis la fin de la Première Guerre mondiale que le gouvernement joue un rôle dans le cinéma canadien. Au début, il se servait de films pour encourager l'immigration et l'investissement. L'Office national du film fut fondé en 1939. Pendant la Seconde Guerre mondiale la principale fonction de l'ONF fut de tourner des films de propagande pour soutenir l'effort de guerre. Mais l'Office national du film devait jouer un autre rôle important : la production de films «interprétant le Canada pour les Canadiens.» Depuis soixante ans, l'ONF est devenu un des principaux producteurs mondiaux de documentaires, de dessins animés et de films expérimentaux; c'est aussi un pionnier du développement des techniques et du matériel cinématographiques.
Les films de l'ONF ont remporté plusieurs prix internationaux, y compris des Oscars, mais n'ont pas résolu le problème de l'influence prépondérante du cinéma étranger au Canada. À l'exception de la propagande de guerre, ses films n'ont jamais fait l'objet d'une commercialisation à grande échelle. De plus, pendant ses deux premières décennies, l'ONF ne tourna aucun long métrage qui aurait pu faire concurrence aux films américains auprès du public canadien. Ce n'est qu'en 1968, lors de la fondation de la Société de développement de l'industrie cinématographique canadienne, qu'une industrie du long métrage vit enfin le jour au pays. Avec un budget de dix millions de dollars (le coût d'environ trois films d'Hollywood), cette société fut chargée de fournir des subventions et des prêts aux producteurs indépendants de longs métrages. Pendant les dix premières années, elle subventionna plusieurs films qui, malgré un accueil enthousiaste de la part des critiques, échouèrent sur le plan commercial. Cependant, les Canadiens pouvaient se reconnaître dans des films tels que Goin' Down the Road, qui raconte l'expérience de deux jeunes expatriés de Terre-Neuve à la recherche de travail et d'une vie meilleure à Toronto. De même, les Québécois se retrouvaient dans Mon oncle Antoine, film à la fois dur et romantique, qui met en scène les tensions entre anglophones et francophones d'une petite ville minière. Ces films présentent du Canada une image rarement offerte à l'écran; ils nous font connaître des aspects uniques de la vie dans notre pays. Depuis 1968, la Société de développement de l'industrie cinématographique canadienne (aujourd'hui Téléfilm Canada) a financé plus de 500 films canadiens. Son budget annuel pour les longs métrages dépasse 21 millions de dollars. En 1993-1994, il a fourni un appui financier à la production de 26 films, entre autres Exotica d'Atom Egoyan, qui a remporté le prix Génie du meilleur film. L'avez-vous vu? Probablement pas.
Malheureusement, la majorité des Canadiens n'ont vu qu'une poignée de films canadiens sortis depuis 25 ans. Comme l'a fait remarquer Claude Jutra, un des réalisateurs canadiens les plus réputés, «ne pas tourner les films qu'on veut, c'est dur, mais pire encore c'est de voir passer sous silence les films qu'on fait.» En effet, pendant les années 1970, les films canadiens furent victimes de l'alliance entre les grands studios hollywoodiens et les cinémas, qui privilégiait la production américaine. À maintes reprises, le gouvernement a tenté d'assurer la distribution des films canadiens, mais ses efforts sont contrecarrés par la puissance économique des studios d'Hollywood et des chaînes de cinémas canadiennes. L'avènement des magasins vidéo n'a guère amélioré la situation, car le réseau de distribution est limité et les films sont peu mis en valeur. À bien des égards, ils sont traités comme des films étrangers destinés à un public peu nombreux et plutôt spécialisé.
Dans les «thrillers» sexuels tels que Liaison fatale, Basic Instinct, ou Body of Evidence, les femmes célibataires sont présentées comme une menace pour l'homme et, dans certains cas, pour la famille traditionnelle. La leçon à tirer est que ces femmes «modernes» peuvent être dangereuses, intrigantes, même psychotiques. Le moins qu'on puisse en dire, c'est que ces représentations sont peu flatteuses. Les films canadiens nous offrent un portrait bien plus compréhensif, plus révélateur de la condition des femmes dans le monde contemporain. Depuis 1974, le Studio D de l'ONF se consacre aux films faits par et pour les femmes. Sa production comprend une gamme exceptionnelle de courts métrages et de documentaires sur des sujets tels que l'abus sexuel, les stéréotypes présentés dans les médias, et l'égalité d'emploi. En 1984, le Studio D tourna une série de films intitulés Mon corps, c'est mon corps, sur l'abus des enfants; très bien accueillie par les organismes d'aide sociale, les écoles et les parents, cette série connut le meilleur succès commercial de toute l'histoire de l'ONF. Un certain nombre de Canadiennes ont aussi réalisé des longs métrages en dehors du Studio D; cette production offre une riche variété de perspectives sur la vie et l'histoire des femmes d'ici. The Company of Strangers de Cynthia Scott met en scène la rencontre de sept femmes âgées perdues dans un paysage typiquement canadien. I've Heard the Mermaids Singing, de Patricia Rozema, parodie la concurrence entre les femmes dans le monde du travail. Avec bien d'autres, ces films montrent les femmes aux prises avec les problèmes et les défis de la deuxième moitié du vingtième siècle.
Notre cinéma raconte l'histoire et la vie des Canadiens et des Canadiennes. Dans ce vaste pays, il nous faut des moyens de comprendre et de faire valoir notre diversité. C'est le cinéma canadien qui peut nous faire connaître les ethnies et les régions qui constituent notre pays : les citadins de Vancouver découvrent ainsi la vie d'un port de pêche à Terre-Neuve; un enfant de la région des Rocheuses voit la majesté du Saint-Laurent devant Québec; les habitants de la Nouvelle-Écosse ont un aperçu de la vie des Prairies, et les Torontois commencent à comprendre l'histoire et la lutte des Autochtones. Persuadés du bon rapport sur leur investissement, les
gouvernements du Canada se sont engagés à poursuivre leur
politique de soutien du cinéma canadien. L'industrie
cinématographique canadienne joue un rôle important dans
l'économie nationale; à long terme, cependant, c'est surtout dans
le domaine culturel que son influence positive se manifeste. Somme toute, sans
le cinéma canadien, nous serions privés d'un des meilleurs moyens
d'explorer et de créer notre culture. |
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Pour en savoir plus à propos de ce sujet, visiter ces liens à d'autres endoits sur l'Internet avec des sujets reliés100 ans de cinéma au Québec - http://cri.histart.umontreal.ca/grafics/
*National Film Board - http://www.nfb.ca/E/index.html
Canadian Broadcasting Corporation - http://cbc.ca/
*Telefilm Canada - http://www.telefilm.gc.ca/
[English version] | [Études Canadiennes] |
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