Bill Reid et la renaissance de l'art Haïda
 

Bill Reid n'avait pas de l'art la même conception que le Goupe des Sept ou Paul-Émile Borduas. On pourrait tout naturellement comparer Reid et Emily Carr, puisqu'ils étaient inspirés tous deux par les cultures autochtones de la la côte ouest du Pacifique, mais en termes de style, d'objectifs et de variété dans les intérêts, il existe entre eux autant de différences que de points communs. À sa mort, en 1998, Reid était internationalement reconnu. Ses oeuvres lui avaient valu de nombreux éloges. Reid est probablement le plus célèbre des artistes qui ont pris part à ce qu'on appelle parfois la renaissance de l'art autochtone au Canada. C'était un homme modeste et sans prétentions qui n'appréciait pas beaucoup la célébrité. Toutefois, son oeuvre est devenue un important symbole du patrimoine artistique légué au Canada par les Premières Nations et illustre la vitalité de la culture autochtone contemporaine.

Il faut noter que l'art était une deuxième carrière pour Bill Reid. Pendant une grande partie de sa vie, il a travaillé dans la radiodiffusion. Il est né à Victoria (Colombie-Britannique) en 1920. Son père, un Américain, fut directeur d'hôtels dans deux villes du nord de la province. Sophie, sa mère, une dessinatrice de mode et couturière de Victoria, était une Haïda. Dans sa jeunesse, Reid ne connaissait pas grand-chose du patrimoine autochtone de sa mère. Il s'intéressait à la sculpture, à la littérature, à la musique et à la poésie, mais son développement artistique s'étendit sur plusieurs dizaines d'années. En fait, ce n'est qu'en 1958 qu'il se consacra à l'art.

L'évolution artistique de Bill Reid est autant une prise de conscience de son patrimoine Haïda qu'une découverte de la création artistique. « Quand Bill Reid a commencé à explorer l'art de la côte ouest, écrit le critique Roger Downey, il l'a fait comme un " Blanc " qui étudie une série de problèmes. Il était peut-être inévitable qu'en comprenant les principes de l'art autochtone de la côte ouest il découvre progressivement l'Indien qui vivait en lui. » Autrement dit, pour Reid l'art était beaucoup plus qu'une carrière.

Il commença à s'intéresser à l'art Haïda quand il avait 23 ans, pendant un séjour à Skidegate, d'où sa mère était originaire. Il y fit la connaissance de son grand-père, le sculpteur et graveur Charles Gladstone. Ce dernier avait reçu sa formation de son oncle, Charles Edenshaw, qui fut peut-être le plus célèbre des sculteurs Haïda du 19e siècle. À l'époque de sa rencontre avec son grand-père, Reid travaillait déjà dans la radiodiffusion; il accepta bientôt un poste à Toronto, à la CBC. Ce déménagement ne l'empêcha pas de continuer à s'intéresser à l'art autochtone; au contraire, il décida de consacrer plus de temps à l'étude des arts traditionnels des Premières Nations. Il visita le Royal Ontario Museum pour étudier les mâts totémiques que le musée avait achetés des autochtones du nord de la Colombie-Britannique et prit des cours d'orfèvrerie à Ryerson Polytechnic. Il fit aussi un stage d'apprentissage, tout en continuant de travailler dans la radiodiffusion.

En 1951, Reid accepta un poste à la CBC de Vancouver et retourna en Colombie-Britannique. Il continua à explorer les arts autochtones traditionnels en étudiant la documentation anthropologique sur le sujet, ouvrit un atelier de bijouterie, commença à sculpter des copies de mâts totémiques et à faire de la restauration. Il prit par à un projet de reproduction dans le parc Thunder Bird. Le directeur du projet, Mungo Martin, un scupteur kwakwaka'wakw hautement qualifié, aida Reid à perfectionner sa technique. Il travailla ensuite à la restauration d'une maison et d'un mât totémique Haïda, restauration subventionnée par le département d'anthropologie de l'Université de Colombie-Britannique. La même année (1958), il décida de quitter la CBC pour se consacrer à sa carrière artistique. C'est alors qu'il commença vraiment à se faire connaître.

Spirit of Haida GwaiiSpirit of Haida Gwaii, une sculpture qui s'inspire de la tradition orale Haïda, est peut-être la plus connue des oeuvres de Reid. Fondue en bronze à l'origine, Spirit of Haida Gwaii représente certains personnages et symboles Haïda, dont Corbeau et Aigle, emblèmes des deux groupes caractéristiques de la société Haïda, la Femme-souris, un guide et personnage-clef selon la tradition, et le chef Kilstlaaï, un shaman. On peut aussi apercevoir une figure humaine sous l'aile de Corbeau. Dans cette oeuvre complexe et remarquable, Reid mêle les personnages traditionnels à ceux de poèmes plus récents. Le bateau est chargé de figures humaines et animales, réelles et mythologiques.

Spirit of Haida Gwaii est une oeuvre profondément symbolique. Elle décrit la vie comme un voyage que les êtres humains ne font pas pas seuls, mais accompagnés d'animaux et de créatures mythologiques. Le but du voyage est inconnu, car le bateau est à la fois à l'ancre et en mouvement. Comme Reid lui-même l'a expliqué,

L'activité ne manque certainement pas sur notre petit bateau, mais a-t-elle un but? La grande figure qui peut être ou non l'esprit de Haïda Gwaïï nous guide-t-elle, car nous sommes tous dans le même bateau, vers un havre au-delà de l'horizon comme elle semble le faire, ou est-elle perdue dans son propre rêve? Le bateau vogue, à tout jamais ancré au même endroit.

Bill Reid est mort de la maladie de Parkinson en 1998. Bien qu'il soit surtout connu comme sculpteur, il a travaillé dans une variété de médias, dont la bijouterie, la sérigraphie et le bronze fondu, et il est l'auteur de poèmes et d'écrits en prose. Il a contribué au développement futur de l'art autochtone du Canada en aidant de jeunes artistes à se perfectionner. Reid n'est pas le seul artiste autochtone important de la génération précédente. Il est l'un des sculpteurs, peintres, poètes, conteurs et musiciens grâce auxquels une nouvelle génération de Canadiens a pris conscience de l'importance de l'art autochtone. La richesse et la diversité de cet art, illustrées par des oeuvres comme Spirit of Haida Gwaii, en font un élément essentiel de la vie artistique contemporaine au Canada.

 

 

 

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