Le nationalisme et les arts - Le Groupe des Sept
 

En dépit de sa popularité, l'art de Watson ne resta pas longtemps à l'avant-plan de la scène artistique car un nouveau mouvement, qui se voulait une réaction contre le style pastoral, commença bientôt à se dessiner. Dès les années 20, la peinture canadienne s'engagea dans une toute autre voie sous la direction du Groupe des Sept, les peintres canadiens peut-être les plus connus. (Vrai ou Faux #2)Ils s'opposaient à la peinture pastorale parce qu'ils estimaient qu'elle était trop influencée par l'art européen et que par conséquent elle n'était pas véritablement canadienne, surtout parce qu'elle était trop statique et trop recherchée. Selon eux, la nature sauvage du Canada exigeait d'être représentée dans un style plus audacieux et plus vigoureux, dans des couleurs beaucoup plus vives. Le Canada était un vaste pays sauvage et rempli de vitalité, et il fallait le représenter dans un style approprié.

(questions #2)Le Groupe des Sept fut formé à Toronto entre 1910 et 1920 par Lawren Harris, Arthur Lismer, A. Y. Jackson, R. E. H. MacDonald, Frank Johnston, F. H. Varley et Frank Carmichael. Souvent, ils exposaient aussi les toiles de leur ami Tom Thomson, mort avant la formation du Groupe. Certains d'entre eux étaient d'origine britannique, les autres étaient Canadiens. C'étaient des artistes professionnels qui avaient fait connaissance dans le cadre de leur travail ou par l'entremise d'amis communs. Au cours des réunions d'artistes et des voyages qu'ils faisaient pour peindre d'après nature, ils s'aperçurent qu'ils n'étaient pas satisfaits de l'état de l'art au Canada à cette époque. Individuellement et collectivement, les futurs membres du Groupe des Sept cherchaient une nouvelle façon de représenter ce qu'ils voyaient comme les qualités distinctes du paysage canadien. Vers 1920, leurs opinions s'étaient affirmées au point qu'ils eurent envie d'exposer leurs toiles ensemble. La première exposition officielle du Groupe des Sept eut lieu en 1920.

Cette exposition ne fut ni une réussite éclatante, ni un échec complet. Certains critiques n'apprécièrent pas ces peintures, si différentes des scènes pastorales auxquelles la plupart des Canadiens étaient habitués, mais d'autres furent impressionnés. Les études parues depuis sur le Groupe des Sept ont eu tendance à souligner l'accueil négatif réservé par le public et la critique à cette nouvelle peinture; cependant, il est évident que ces artistes se sont rapidement fait des alliés puissants qui appuyaient leur conception d'un art véritablement canadien. Le plus important de ces alliés fut peut-être Eric Brown, le directeur de la Galerie nationale du Canada ( maintenant Musée des beaux-arts du Canada). Il s'arrangea pour que la Galerie nationale achète des toiles du Groupe et les inclut dans les expositions internationales qu'il organisait. En fait, les peinture du Groupe étaient si nombreuses dans une exposition internationale tenue en 1925 (parce que Brown avait fait la sélection) que d'autres artistes se plaignirent d'être négligés par la Galerie nationale. Le Groupe des Sept bénéficia aussi de l'appui de riches mécènes, du gouvernement de l'Ontario, des écoles des beaux-arts qui engagèrent certains de ses membres, et d'autres personnalités telles que le nationaliste Marius Barbeau, un anthropologue et un intellectuel de premier plan.

Les membres du Groupe des Sept n'étaient pas tous des paysagistes et chacun d'entre eux avait son propre style, mais leurs toiles partageaient certains thèmes. Le PinUne bourrasque en septembre, par Arthur Lismer, en est un bon exemple. Avec Le Pin de Tom Thomson etTerre solennelle Terre solennelle de J. E. H. MacDonald, c'est peut-être la plus célèbre peinture canadienne de cette période.

Lismer peignit Une bourrasque en septembre en 1921, au moment où les toiles du Groupe des Sept commençaient à être appréciées. Les différences entre ce paysage et Après la pluie de Homer Watson sont évidentes au premier coup d'oeil. Alors que Après la pluie représente une scène agreste après une tempête, le tableau de Lismer semble dépeindre une tempête sur le point de se déchaîner dans un rude Une bourrasque en septembrepaysage. C'est une scène qui exprime beaucoup plus l'idée de la nature à l'état sauvage que celle de Watson. Le tableau de Lismer nous montre un arbre plié par le vent, des vagues agitées, un ciel menaçant. Des rochers ponctuent irrégulièrement le paysage, et les couleurs sont en effet beaucoup plus vives et audacieuses que celles de Watson.

Du point de vue du style, ce tableau n'est pas une reproduction fidèle de la réalité. Toute peinture est interprétative dans une certaine mesure, car l'artiste choisit le sujet de son oeuvre, mais Lismer va plus loin. Son style pourrait être qualifié de réalisme interprétatif parce qu'il a choisi un sujet réel, dans ce cas une vue de la nature à l'état sauvage, mais il a exagéré ou souligné certaines de ses caractéristiques, importantes à ses yeux. Ses couleurs, par exemple, ne sont ni réalistes, ni censées l'être. Ce paysage est inculte, audacieux, redoutable; Lismer a choisi de l'exprimer en peignant à grands coups de pinceau dans des tons crus, un style fondamentalement différent de celui de Watson. C'est l'image du Canada que Lismer et les autres peintres du Groupe des Sept cherchaient à représenter. Lismer dépeint la nature comme une force que nous ne pouvons pas perfectionner ou subjuguer aisément. La nature vue ainsi est plutôt une force élémentaire qui façonne l'environnement autant que les êtres humains. Alors que Watson peignait des scènes pastorales, Lismer nous présente la nature comme la force puissante qui a créé le caractère du paysage canadien. On retrouve ce thème dans les oeuvres des autres peintres du Groupe des Sept.

Il serait difficile de surestimer l'importance du Groupe des Sept dans l'histoire de l'art canadien. Il domina la scène artistique de son époque, et même de nos jours la plupart des Canadiens reconnaissent ses oeuvres sans difficulté. Pour beaucoup, alors et maintenant, le Groupe des Sept représente l'art canadien.

Et pourtant, le Groupe n'exista pas très longtemps et subit nombre de changements importants. F. A. Varley le quitta en 1926 pour suivre sa propre voie. A. J. Casson, un aquarelliste, le remplaça. Au début des années 30, le Groupe accueillit deux autres artistes, Edwin Holgate et L. L. FitzGerald, et compta désormais 9 membres actifs. (Vrai ou Faux #3)Le Groupe des Sept ne fut jamais une « école » unifiée non plus. C'était une association d'amis et de collègues qui partageaient une certaine vision artistique du Canada, mais qui poursuivaient leurs propres intérêts. Varley, par exemple, préférait peindre la figure humaine, alors que Lauren Harris évolua vers l'art abstrait, même s'il ne se sépara jamais du Groupe. Ses toiles des années 20, telles que Above Lake SuperiorAbove Lake Superior, dégagent un certain mysticisme absent des oeuvres des autres membres du Groupe, mais dix ans plus tard il peignait des tableaux abstraits et géométriques comme Equations in Space. En 1933, le Groupe des Sept cessait officiellement d'exister, remplacé par le Groupe des peintres canadiens, plus nombreux. Le Groupe des Sept avait fait sa marque. Sa dissolution signalait que l'art canadien était sur le point de changer à nouveau de direction.

 

 

 

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