Homer Watson et le paysage canadien au 19e siècle
 

À notre époque, rares sont les Canadiens qui ont entendu parler de Homer Ransford Watson. Et pourtant, il fut l'un des peintres canadiens les plus importants de son temps. On l'appelait « le Constable canadien » car ses oeuvres étaient souvent comparées avantageusement avec celles du célèbre peintre anglais John Constable. La reine Victoria et d'autres personnalités britanniques et canadiennes telles que l'écrivain Oscar Wilde et le magnat des chemins de fer Lord Strathcona possédaient des oeuvres de Watson. Il fut aussi un soutien des arts au Canada et l'un des fondateurs du Canadian Art Club de Toronto, association qui visait à faire connaître les oeuvres des artistes canadiens qu'il jugeait négligés dans leur propre pays.

Homer Watson naquit à Doon, en Ontario, en 1855. Il grandit dans une région principalement rurale et agricole, mais dès son plus jeune âge il s'intéressa davantage à la peinture qu'aux travaux de la ferme. Il était encore très jeune lorsque l'une de ses tantes lui fit cadeau d'une boîte à peinture, mais ne reçut que peu de formation régulière et apprit à peindre principalement par ses propres moyens. Parti pour Toronto à l'âge de 19 ans, il y rencontra plusieurs artistes et décida de se consacrer à la peinture. Peu après, il fit un bref séjour à New York pour y étudier les techniques des peintres américains, puis retourna en Ontario. Il commença à exposer ses toiles en 1878. Des personnalités importantes s'y intéressèrent presque tout de suite. Le marquis de Lome, alors Gouverneur général du Canada, achèta l'un de ses tableaux pour en faire cadeau à la reine Victoria, à qui il plut tellement qu'elle en acheta deux autres.

Après la pluieAprès la pluie, peint en 1883, illustre bien le style de Watson. Comme la plupart des oeuvres de sa maturité, c'est une peinture d'une exécution raffinée et soigneusement détaillée, d'une qualité presque photographique. L'intention de Watson semble avoir été de reproduire le paysage aussi exactement que possible, comme le ferait un appareil-photo. Les nombreuses nuances de brun et de vert employées dans cette toile produisent une impression de tranquillité. Comme dans nombre d'autres peintures de Watson, le sujet est un paysage agreste des environs de Doon, où il est né. Il représente une ferme après la pluie; un champ labouré entouré d'une clôture s'étend au centre de l'arrière-plan; on voit bien qu'il a été déboisé pour être cultivé.

En peinture, on appelle parfois « pastorales » les tableaux du genre de Après la pluie. (questions #1)Les pastorales représentent des scènes campagnardes pittoresques. Pour les artistes canadiens du 19e siècle comme Watson, les paysages naturels ou sauvages étaient déprimants, inquiétants, et la nature n'était belle ou pittoresque que lorsque les forêts avaient été abattues, les prairies et les champs aménagés ou ensemencés et les fermes établies. Après la pluie illustre bien ce point de vue.

Watson se considérait comme un peintre canadien et travailla à promouvoir les arts au Canada. Membre fondateur du Canadian Art Club (CAC), il en fut le président pendant quatre ans. Sous sa direction, le CAC s'efforça de faire connaître les oeuvres des peintres canadiens. De 1918 à 1921, Watson fut aussi président de l'Académie royale des arts du Canada, le principal organisme artistique au pays. Les nouvelles tendances artistiques qui se dessinèrent au Canada pendant les années 20 commencèrent à reléguer le style pastoral à l'arrière-plan. La première exposition du Groupe des Sept, des artistes dont le style était très différent de celui de Watson, eut lieu en 1920. Le Groupe des Sept s'était donné pour mission de créer un style nouveau et véritablement canadien. Selon eux, les peintres canadiens étaient influencés par l'art européen, ce qui posait un problème.

Watson réagit de façon ambiguë à l'émergence du Groupe des Sept. Il ne considérait pas son propre style comme non-canadien, et il s'étonnait du nationalisme marqué du Groupe des Sept. (Vrai ou Faux #1)Il souhaitait lui aussi que la peinture canadienne prenne ses distances par rapport à la peinture européenne, mais il n'était pas certain que le nationalisme militant du Groupe des Sept allait favoriser cet état de chose.

– Toute la question du canadianisme est ridicule, déclarait-il au Groupe. Les choses évoluent d'elles-mêmes, on ne peut pas les y obliger.

Selon Watson, là était le problème de cette nouvelle peinture. Elle s'efforçait trop d'être typiquement canadienne et par là même cessait d'être de l'art. Watson soutenait que son propre style était canadien parce qu'il peignait des paysages du Canada. Il autait pu expliquer qu'en effet le style pastoral était d'origine européenne, mais que les peintres canadiens l'avaient adapté d'une façon toute personnelle en peignant les paysages canadiens.

Watson continua à peindre jusqu'aux années 20 et s'intéressa aux arts jusque vers la fin de sa vie, mais la surdité dont il était affligé finit par limiter ses activités. Il mourut en 1936. Il avait l'impression, comme l'a dit un historien de l'art, qu'il était « dépassé par le monde moderne ». Ce n'est peut-être pas tout-à-fait exact. Pendant ses dernières années, Watson réfléchissait à des techniques nouvelles et explorait encore le Canada à la recherche de nouveaux sujets. Entre autres, il était allé faire des esquisses d'après nature dans les Rocheuses. Toutefois, il ne devait plus être considéré bien longtemps comme un artiste de premier plan, car la peinture canadienne s'engageait dans une voie toute nouvelle.

 

 

 

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