| Paul-Émile Borduas et l'avènement de l'art abstrait | ||
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Le peintre et sculpteur québécois Paul-Émile Borduas a représenté une conception très différente de la vie et de l'art au Canada. Il est surtout connu pour ses peintures abstraites, considérées maintenant comme importantes parce qu'elles annonçaient le début d'une transformation générale de la peinture canadienne. Les oeuvres abstraites de Borduas ne plurent pas toujours au public. À l'époque, en fait, certains voyaient sa peinture et ses opinions comme révolutionnaires, et même dangereux. En 1948, il perdit son emploi de professeur de dessin à l'École du meuble de Montréal après la publication de son manifeste intitulé Le Refus global, une critique sévère de la culture canadienne-française. De nos jours encore, les tableaux abstraits de Borduas peuvent sembler déroutants quand on les voit pour la première fois. On appelle « abstraite » la peinture de Borduas parce qu'elle ne représente pas souvent des sujets reconnaissables, contrairement aux tableaux d'Emily Carr et du Groupe des Sept dont les paysages exprimaient une vision personnelle du Canada, mais représentaient des sujets concrets (montagnes, lacs, mâts totémiques, etc.) Quand on le voit pour la première fois, un tableau abstrait paraît n'être qu'un fouillis de lignes, de formes et de couleurs. Mais il faut se rappeler que Borduas ne cherchait pas à peindre des sujets concrets. Il recherchait plutôt un point de vue nouveau, libéré des conventions, sur la culture et sur la société. Il tentait de peindre une autre réalité, celle des émotions, des sentiments et des sensations. Borduas naquit à Saint-Hilaire, qui était alors un village de la région de Montréal. Dès son enfance, Borduas voulut être peintre, mais sa famille n'avait pas les moyens de lui faire étudier les beaux-arts. Il devint l'apprenti d'un peintre décorateur d'église de Saint-Hilaire, Ozias Leduc. Un(e) apprenti(e) est une jeune personne qui apprend son métier en travaillant avec un artiste ou un artisan reconnu. Leduc s'intéressa vivement à son élève et on s'accorde pour reconnaître que Borduas reçut une excellente formation. Il travailla d'abord avec Leduc, puis, par l'entremise de celui-ci, il reçut une bourse d'étude qui lui permit d'aller étudier à l'École des Beaux-Arts de Montréal. Après avoir terminé ses études, Borduas poursuivit son éducation en Europe. Pendant deux ans, il étudia en France sous la direction d'artistes religieux de premier plan. En 1932, ses études terminées, Borduas revint au Canada avec l'intention d'être peintre décorateur d'églises, comme Ozias Leduc. Il n'en eut pas la possibilité. Le Canada était plongé dans la Crise économique des années 30. Le chômage était élevé, peu de gens avaient les moyens de payer les services d'un peintre; les églises et les congrégations religieuses ne pouvaient pas se le permettre non plus. Incapable d'exercer le métier qu'il avait choisi, Borduas se tourna vers l'enseignement et accepta un poste de professeur de dessin à l'École du meuble de Montréal. C'est pendant cette période de sa vie qu'il évolua vers une conception plus radicale de l'art. Son maître, Ozias Leduc, avait été l'un des premiers partisan du mouvement nabi, qui s'efforçait de fondre ensemble l'art abstrait et la peinture religieuse. Il y intéressa Borduas qui étudia auprès d'artistes nabis pendant son séjour en France. Au Canada, par contre, le grand public n'appréciait pas beaucoup l'art abstrait. Dans le but de le populariser, un groupe d'artistes montréalais fonda la Société des arts contemporains, ou SAC, vers la fin des années 30, et Borduas se sentit attiré par cette société. Il devint membre de son bureau directeur et milita en faveur des nouvelles conceptions artistiques. En fait, les opinions de Borduas étaient plus révolutionnaires que celles de la plupart des membres de la SAC; celle-ci voulait populariser l'art abstrait, mais Borduas avait d'autres intentions. Il devint le chef de file d'un groupe de jeunes artistes québécois aux opinions très avancées qui se qualifiaient d'automatistes en raison de leur opinions sur la peinture. Selon Borduas, l'expression artistique devait être spontanée. Il fallait que l'artiste rejette les étapes traditionnelles de la création: le choix du sujet, les esquisses, et finalement la peinture en studio; il devait peindre rapidement, sans préparation, et même sans choisir un sujet précis; peindre automatiquement en laissant ses émotions et ses sentiments imprégner la toile. La peinture automatiste ne visait pas à créer un beau tableau, mais à exprimer les sentiments et les impulsions inconscients de l'artiste. À l'époque où Borduas formula ces théories, la société québécoise était plus conservatrice qu'elle ne l'est aujourd'hui. L'Église catholique exerçait encore une influence dominante sur le système éducatif. Les idées jugées radicales étaient rejetées. Les vues sur la société, bien que complexes, avaient tendance à refléter celles de l'Église. Dans ce climat, les idées de Borduas étaient en effet révolutionnaires. Dans Le Refus global, il remettait ouvertement en question l'autorité de l'Église catholique, accusait le gouvernement du Québec de corruption, et décrivait les Québécois comme un petit peuple réduit en esclavage par sa crainte du monde extérieur. Borduas les enjoignait de rejeter cette existence, de refuser d'obéir à l'autorité établie, d'accepter leurs impulsions et d'être spontanés. Selon lui, il devaient abandonner leur vieille culture et en créer une nouvelle fondée sur les émotions, les sensations, et sur ce qu'il appelait la « magie ». D'après lui, l'art était un élément essentiel de
la création de cette culture nouvelle parce que l'art est fondamentalement
créateur. Pour Borduas, la fonction de la peinture n'était pas simplement
de représenter une scène, mais de créer de nouveaux objets.
Par l'« automatisme », l'artiste contribuait à concrétiser
une culture nouvelle fondée sur les émotions et sur les sentiments.
Sa toile intitulée Le style de Borduas a subi lui aussi des transformations radicales. Toute sa
vie, il a peint de plusieurs manières différentes, comme Il avait peut-être ses raisons d'être malheureux. Il avait perdu son emploi et il s'était senti obligé de quitter le pays afin de pouvoir s'épanouir comme artiste. Quoi qu'il en soit, l'oeuvre de Borduas fut vraiment un point tournant dans l'histoire artistique du Canada. Après l'avènement de l'automatisme, l'art canadien fut transformé. Comme le montrent les différences évidentes entre L'Étoile noire ou Le Condor en bouteille, l'évolution de l'art abstrait au Canada fut un processus complexe. Les artistes tels que Borduas ne réussirent pas à créer le monde nouveau dont ils rêvaient, mais ils amenèrent d'autres artistes à peindre d'une toute autre façon, et certains d'entre eux à repenser la nature elle-même de l'art.
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