Nellie McClung 1873-1951
 

Nellie McClungNellie McClung est l'une des figures de proue de la première vague féministe au Canada. On se souvient encore du rôle de premier plan qu'elle a joué dans la célèbre «affaire personne» à l'issue de laquelle, en 1929, les Canadiennes furent déclarées personnes devant la loi.

Nellie Letitia Mooney voit le jour en Ontario en 1873. Elle a sept ans lorsque les Mooney vont s'installer au Manitoba. Nellie est une petite fille active et bavarde. Elle n'a que seize ans quand elle commence à enseigner, dans une école rurale du Manitoba. Jeune femme, elle s'engage dans la réforme sociale et devient membre de la Société de tempérance des dames (Women's Christian Temperance Union, ou WCTU), qui lutte principalement contre les effets néfastes de l'alcool sur la santé et sur la société, mais s'attaque aussi à de nombreux autres problèmes sociaux affectant les femmes et les enfants. Dans plusieurs régions du Canada, elle est au premier rang de la campagne pour le droit de vote des femmes.

En 1896, Nellie épouse Robert Wesley McClung, le fils d'une de ses amies, membre comme elle de la Société de tempérance. Ils s'installent à Winnipeg avec leurs cinq enfants en 1911, et Nellie poursuit sa carrière de réformiste sociale. C'est la haute période du mouvement en faveur du droit de vote pour les femmes. Nellie est toujours membre active de la Société de tempérance, mais elle adhère en outre à la Winnipeg Political Equality League, un organisme qui soutient les travailleuses de Winnipeg, et au Canadian Women's Press Club. Elle fait visiter à Rodmond Roblin, alors premier ministre du Manitoba, les ateliers de Winnipeg où beaucoup de femmes travaillent dans des conditions révoltantes. Quand Roblin déclare que les « dames de la bonne société ne désirent pas voter », Nellie rétorque: « Par "dames de la bonne société", vous voulez sans doute dire les égoïstes qui ne pensent pas plus aux femmes surmenées et désavantagées qu'un minou assis à sa fenêtre ensoleillée ne pense au chaton affamé qu'il voit dans la rue. Eh bien, dans ce cas, je ne suis pas une dame de la bonne société, car je pense à ces femmes. »

Le premier ministre Roblin s'oppose fortement à ce que les femmes obtiennent le droit de vote. Nellie McClung et ses collègues veulent empêcher qu'il soit réélu. En 1914, elles montent une pièce de théâtre intitulée The Women's Parliament ( Le Parlement des femmes), une satire qui renverse les rôles traditionnels et tire son humour des problèmes susceptibles de survenir si les hommes obtenaient le droit de vote. La parodie des arguments de Roblin écrite par Nellie déchaîne l'hilarité des spectateurs enthousiastes venus en foule. Le gouvernement conservateur de Roblin est réélu, mais ne reste pas longtemps au pouvoir. Les partisans du vote pour les femmes contribuent à sa défaite l'année suivante. En 1916, le nouveau gouvernement libéral accorde le droit de vote aux femmes du Manitoba. La même année, les femmes de l'Alberta, de la Saskatchewan et de la Colombie-Britannique obtiennent aussi le droit de vote à la suite des élections provinciales. Les autres provinces suivent bientôt leur exemple. C'est une grande victoire que la presse et les politiciens attribuent en grande partie à Nellie McClung. Toutefois, il faut noter que les femmes d'origine asiatique et autochtone n'auront le droit de vote qu'après la Seconde Guerre mondiale.

En 1914, les McClung quittent Winnipeg pour Edmonton (Alberta). Nellie pousuit sa carrière d'auteure politique. Elle adhère à l'Edmonton Equal Franchise League, un organisme qui milite en faveur des droits de la femme, de la prohibition et de la législation de la sécurité au travail. En 1921, elle est élue députée libérale à l'Assemblée législative de l'Alberta. Elle est parraine des projets de lois sur les allocations de maternité, les soins de santé publics, les soins médicaux et dentaires gratuits pour les enfants, la libéralisation de la contraception, le divorce et l'amélioration des droits de propriété des femmes mariées. Sa carrière de politicienne est de courte durée; elle est battue aux élections de 1925, après un seul mandat. En 1927, elle se joint à Emily Murphy, Irene Parlby, Louise McKinney et Henrietta Edwards pour lancer la célèbre « affaire personne », qui devait décider du droit des femmes de siéger au Sénat du Canada. Selon la constitution canadienne alors en vigueur, l'Acte de l'Amérique du Nord britannique, il fallait être une «personne devant la loi» pour pouvoir être sénateur; en 1928, la Cour suprême du Canada statue qu'en 1867, année où la Constitution avait été rédigée, le terme « personne » ne s'appliquait qu'aux hommes. Nellie et son groupe en appellent de cette décision au Comité judiciaire du Conseil privé d'Angleterre, qui était alors la plus haute cour d'interprétation constitutionnelle au Canada. En octobre 1929, le comité statue que les Canadiennes étaient, de fait, des personnes, et avaient le droit de siéger au Sénat.

Pendant les années 30, la carrière littéraire de Nellie est florissante: elle publie des articles de journaux, des nouvelles, un autre roman, et ses mémoires. En outre, elle est partisane du droit des femmes d'être ministres de l'Église unie du Canada, elle est déléguée à la Société des Nations, et elle devient la première femme membre du Bureau des gouverneurs de la Canadian Broadcasting Corporation (CBC). Membre de la Canadian Author Association et du Canadian Women's Press Club, elle fortement en faveur du nationalisme culturel au Canada. Elle décède en 1951, à Victoria; mais son souvenir est perpétué par les Canadiennes qui continuent la lutte pour l'égalité sociale, économique et politique des sexes.

 

 

Réalités canadiennes, une publication multimedia
Canadian Heritage/Patrimoine canadien

©2001, Centre for Canadian Studies, Université Mount Allison
Conception du site: Tantramar Interactive