Grands débats au Canada -
Crise d'octobre
 

Le premier ministre Lester B. Pearson voulait un drapeau canadien distinctif, entre autres raisons, parce qu'il avait compris que bien des gens au Canada ne considéraient plus les liens avec la Grande-Bretagne comme un motif de réjouissances. C'est Pearson qui avait constitué une commission royale chargée de faire enquête sur les politiques existantes de bilinguisme et de biculturalisme et de recommander des moyens d'assurer une plus vaste reconnaissance du dualisme culturel au Canada. En particulier, on avait constaté vers la fin des années 1950 une agitation croissante chez les francophones du Québec parce qu'ils voulaient être en mesure de mieux protéger leur langue et leur culture et de participer davantage à la société canadienne. La grande majorité d'entre eux luttent dans le cadre légitime des institutions démocratiques pour changer la nature de la société québécoise et permettre à sa population francophone de participer davantage à tous les aspects de la vie; toutefois, une faible minorité tient à déclencher une insurrection armée. Un tel groupe est le Front de libération du Québec, qui vise à réaliser l'indépendance du Québec.

En octobre 1970, le groupe terroriste du FLQ kidnappe deux hommes publics, geste qui secoue le Québec et une grande partie du pays, car on croyait généralement que le Canada était « le royaume pacifique ». Les Canadiens lisent les nouvelles des journaux au sujet du terrorisme, mais cette réalité n'est pas censée exister au Canada; toutefois, le FLQ modifie entièrement la situation. En août 1970, on rapportait que des terroristes du FLQ, qui s'entraînaient alors avec les terroristes palestiniens, avaient juré de commettre une série d'assassinats politiques pour faire avancer leur cause. Une série d'attentats à la bombe avaient été perpétrés depuis deux ans. Le 5 octobre, le FLQ étonne le pays en enlevant James Cross, le délégué commercial britannique à Montréal. Cinq jours plus tard, quand il kidnappe Pierre Laporte, le populaire ministre du Travail et de l'Immigration du Québec, les Canadiens comprennent que leur pays est aux prises avec une crise grave. Quel prix les terroristes exigeront-ils pour rendre leurs victimes saines et sauves, et où cela finira-t-il si les gouvernements cèdent à leurs demandes? En même temps, des Québécois influents conseillent au premier ministre Robert Bourassa de résister à toute ingérence de l'extérieur du Québec (c'est-à-dire du gouvernement fédéral) tandis que d'autres Québécois appuient ouvertement le FLQ. Des étudiants de Montréal boycottent leurs cours pour manifester leur appui, et environ 3 000 Québécois s'entassent dans un aréna pour scander : « FLQ, FLQ, FLQ ».

Le 15 octobre, le gouvernement du Québec lance un appel aux Forces armées canadiennes pour qu'elles aident la police locale; le lendemain, le gouvernement fédéral, dirigé par le premier ministre Pierre Trudeau, proclame la Loi sur les mesures de guerre en déclarant qu'un état d'« insurrection appréhendée » prévaut au Québec. Conformément aux règlements sur l'état d'urgence, qui remontent à la Première Guerre mondiale en 1914, toute une série de libertés civiles sont suspendues, et quiconque est soupçonné d'appartenir au FLQ ou, dans certains cas, d'en être un sympathisant est arrêté et détenu. Pendant les quelques jours qui suivent, près de 500 personnes sont arrêtées; toutefois, la plupart d'entre elles seront remises en liberté sans être inculpées. Le 17 octobre, dès le lendemain de l'adoption de la Loi sur les mesures de guerre, le FLQ assassine Pierre Laporte et abandonne son cadavre dans le coffre d'une voiture près de Montréal. James Cross est libéré au début décembre en retour d'un sauf-conduit permettant à ses ravisseurs de quitter le pays.

L'intervention fédérale à la suite des enlèvements commis au Québec est très controversée. L'immense majorité des Canadiens appuie les mesures du gouvernement, mais les nationalistes québécois et les défenseurs des libertés civiles de l'ensemble du pays blâment les mesures d'Ottawa en les qualifiant d'excessives. Ils soutiennent que le gouvernement a agi sur la foi de renseignements insuffisants et a pris des mesures généralement excessives contre les forces séparatistes du Québec. Ceux qui appuient le gouvernement affirment que la Loi sur les mesures de guerre a montré aux terroristes que leurs agissements ne seront pas tolérés au Canada; selon ses adversaires, le terrorisme politique se serait affaibli de toute façon avec la montée du mouvement séparatiste démocratique incarné par le Parti québécois dans les années 1970. Il reste que 87 p. 100 de la population canadienne a appuyé les mesures prises par le premier ministre Trudeau pendant la crise d'octobre.

 

 

 


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