Grands débats au Canada -
Débat sur le drapeau
 

À Terre-Neuve, beaucoup de partisans de l'adhésion au Canada préconisaient la fusion des deux pays en tant qu'union britannique en vue de faire ressortir leur forte tradition britannique commune. En réalité, le Canada tente alors de se défaire de certains de ses symboles britanniques pour les remplacer par des symboles plus « canadiens » qui expriment mieux la diversité du pays et de son patrimoine, ce qui manifesterait aussi au monde et à la population canadienne l'indépendance du Canada. Le gouvernement fédéral adopte en 1947 la Loi sur la citoyenneté canadienne, et il fait de la Cour suprême du Canada en 1949 l'ultime tribunal d'appel pour les gens du pays en abolissant les appels au Comité judiciaire du Conseil privé de Londres. En 1952, Vincent Massey devient le premier gouverneur général natif du pays, et un autre vestige de l'impérialisme britannique disparaît lorsque l'expression « Dominion du Canada » tombe en désuétude et est remplacée par « Canada » tout court ou « gouvernement du Canada ». L'un des nouveaux symboles les plus contestés est le drapeau national du Canada.

L'origine du grand débat sur le drapeau canadien remonte en fait à la confédération de 1867. Depuis l'époque de l'union, le drapeau officiel du Canada est l'Union Jack britannique, bien que le Red Ensign portant les armoiries du Canada soit généralement accepté en tant que drapeau canadien peu après la confédération. Soit dit en passant, le Red Ensign est également le drapeau de la marine marchande britannique. À la suite de l'importante contribution du Canada à la Première Guerre mondiale, le roi George V confère au Canada des armoiries dont les couleurs officielles sont le rouge et le blanc. En 1925, le premier ministre Mackenzie King. constitue un comité parlementaire chargé d'envisager des modèles éventuels de drapeau, mais le comité ne présente pas de rapport officiel. Presque tous les ans, le débat est lancé à ce sujet à la Chambre des communes, mais aboutit invariablement à une impasse sur la question de savoir si tout symbole colonial devrait être absent du drapeau. Tout de suite après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, le premier ministre Mackenzie King constitue un nouveau comité parlementaire chargé d'étudier la question. Les députés fédéraux anglophones insistent pour que l'Union Jack fasse partie du drapeau, alors que la députation francophone en veut l'élimination. Le comité propose un compromis : la taille de l'Union Jack serait réduite, et on ajouterait une feuille d'érable dorée sur fond blanc. Il espère ainsi satisfaire tout le monde, mais ce n'est pas le cas. Le gouvernement de Maurice Duplessis fait adopter par l'Assemblée législative du Québec une motion réclamant l'absence de tout « symbole étranger » dans un futur drapeau canadien. Lorsque certains députés fédéraux du Québec, y compris Jean Lesage (futur premier ministre de la province), menacent de voter contre le gouvernement s'il propose d'adopter le modèle recommandé, King laisse discrètement tomber l'affaire. Si la question n'est toujours pas réglée, c'est surtout parce qu'une partie de la population veut que les symboles du Canada expriment son patrimoine britannique tandis que d'autres veulent des symboles canadiens.

Devenu premier ministre en 1963, Lester B. Pearson, le diplomate qui a reçu le prix Nobel pour ses initiatives de maintien de la paix, veut un drapeau typiquement canadien. En 1961, dans le programme électoral du Parti libéral, il a promis qu'un gouvernement libéral instituerait un drapeau canadien distinctif dans les deux ans qui suivront son arrivée au pouvoir. Contrairement aux premiers ministres précédents, Pearson est déterminé à faire adopter un nouveau drapeau; malgré les risques politiques que court ainsi son gouvernement, il demande à des experts de l'héraldique de travailler à la question du drapeau. Il est en faveur d'un drapeau comprenant trois feuilles d'érable sur fond blanc et une bande bleue de chaque côté. Lorsqu'il présente ce drapeau à la Légion canadienne de Winnipeg le 17 mai 1963, Pearson est raillé et conspué par un groupe d'anciens combattants en colère, et son modèle soulève un ouragan de protestations qui balaie le Parlement et tout le pays. Les Progressistes-Conservateurs dirigés par l'ancien premier ministre John Diefenbaker veulent un drapeau qui honore les patrimoines français et britannique, et le Nouveau Parti démocratique souhaite une seule feuille d'érable. Les opinions sont diverses dans tout le pays. Un chroniqueur de Toronto écrit que le modèle de Pearson est une guenille de conciliation imposée aux gens par un dictateur qui a divisé le pays. Quelqu'un écrit dans une lettre au Toronto Star : « Si tous les Canadiens combattent avec autant de vigueur sous le nouveau drapeau qu'ils le font à son sujet, nous pouvons encore espérer être une grande nation. »

Pearson nomme le député libéral John Matheson à la présidence d'un comité parlementaire spécial chargé de présenter une proposition au Parlement. Le comité propose le modèle actuel, soit une seule feuille d'érable sur fond blanc et une bande rouge de chaque côté, mais la question n'est évidemment pas réglée pour autant. Après un long débat parlementaire qui paralyse le gouvernement pendant près de six mois, le gouvernement impose la clôture du débat et oblige les députés à voter. Finalement, les 163 Libéraux votent pour le drapeau actuel, et les 73 Conservateurs votent contre. Le 15 février 1965, l'unifolié flotte pour la première fois en tant que drapeau officiel du Canada, et, malgré la persistance d'une certaine opposition, une question qui a embarrassé les gouvernements pendant des générations est enfin résolue. La feuille d'érable rouge devient rapidement un puissant symbole du Canada, ce qui montre combien le pays a changé en une génération.

 

 

 


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