| Grands débats au Canada - Traité de réciprocité de 1911 | ||
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L'entente de réciprocité conclue en 1911 représente bien plus qu'un simple débat sur une entente commerciale entre les États-Unis et le Canada. Les colonies de l'Amérique du Nord britannique ont conclu en 1854 avec les États-Unis un premier traité de réciprocité (c'est ainsi qu'on appelait à l'époque un accord de libre-échange). L'entente a été résiliée 10 ans plus tard, en 1864. Les protectionnistes et les annexionnistes américains croyaient que l'abolition du traité entraînerait de graves secousses économiques dans les colonies britanniques, qui seraient ainsi forcées de se joindre aux États-Unis. Fait ironique, l'annulation du traité a contribué à alimenter le nationalisme chez les colons de l'Amérique du Nord britannique et a été l'un des facteurs de la fondation du Canada. Pourtant, le nouvel État-nation continue d'espérer le renouvellement de l'accord de libre-échange avec ses voisins du sud, qui continuent d'être un important marché situé tout près du Canada. Plus de la moitié des exportations canadiennes sont destinées à la Grande-Bretagne et moins de 40 p. 100 aux États-Unis; par contre, près de 60 p. 100 des importations canadiennes viennent d'outre- frontière. Pareillement, les investissements américains directs dans l'économie canadienne, surtout dans le secteur manufacturier, se chiffrent à 254 millions de dollars en 1909, soit plus du double de l'apport des investisseurs britanniques, qui continuent de faire des investissements indirects au Canada. Une relation commerciale idéale pour un pays consiste ce que les pays étrangers en importent davantage qu'ils n'y exportent. Lorsque le premier ministre sir Wilfrid Laurier et son gouvernement libéral réussissent, vers la fin janvier 1911, à négocier avec les États-Unis un accord de libre-échange portant sur les produits naturels et un petit nombre de produits fabriqués, le débat sur la question et les élections qui suivent deviennent un référendum sur la nature du Canada. Les adversaires de la réciprocité, dirigés par des hommes d'affaires du centre du Canada et par le Parti conservateur, soutiennent que la conclusion de l'accord entraînerait la rupture des liens du Canada avec la Grande-Bretagne et que le pays tomberait dans l'orbite des États-Unis. Beaucoup de gens au Canada affirment qu'il s'agit de choisir entre le nationalisme canadien, qui suppose des liens étroits avec la Grande-Bretagne, et la continentalisation de l'Amérique du Nord, dont les États-Unis seraient l'élément dominant. Selon les opposants, le libre-échange entraînerait l'américanisation du Canada et la ruine du patrimoine britannique. Les partisans de la réciprocité, qui n'auront pas gain de cause, soutiennent qu'elle est simplement une entente économique avantageuse pour le Canada. C'est faux, répète à l'électorat le chef conservateur Robert Borden. L'accord de réciprocité, dit-il, constitue un point tournant de l'histoire du Canada : « Nous devons décider si une conception canadienne ou une conception continentale l'emportera sur la moitié nord du continent. » Borden brandit le vénérable drapeau britannique et sonne la trompette du patriotisme comme l'avait le premier premier ministre du Canada, John A. Macdonald, lors de ses dernières élections en 1891. Laurier, qui est maintenant au pouvoir depuis plus de 15 ans, peut à peine se défendre contre cette propagande nationaliste. Les problèmes de Laurier sont encore aggravés du fait qu'il est considéré trop impérialiste au Québec parce qu'il a proposé la création d'une marine canadienne et a engagé le Canada dans la guerre des Boers. Dans un moment de frustration, pendant la campagne électorale de 1911, il déclare : « On me qualifie de traître envers les francophones au Québec et de traître envers les anglophones en Ontario [...] On m'attaque au Québec en disant que je suis impérialiste, et en Ontario en disant que je suis anti-impérialiste. » Ainsi va la politique au Canada. Les partisans du libre-échange sont défaits en 1911, et Borden remplace Laurier en tant que premier ministre du Canada. Pour l'instant du moins, les liens avec la Grande-Bretagne ne sont pas menacés, surtout lorsque le Canada se joint à la conflagration provoquée à peine trois ans plus tard par la Grande Guerre.
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