Grands débats au Canada -
Union entre Terre-Neuve et le Canada (1949)
 

Mackenzie King est également premier ministre lorsque les premiers pas sont franchis vers la fin des années 1940 pour faire adhérer Terre-Neuve à la confédération. Comme l'Île-du-Prince- Édouard, Terre-Neuve avait décidé en 1867 de ne pas se joindre aux autres colonies pour devenir une province canadienne. Elle était demeurée un pays distinct et, bien qu'elle ait envisagé de se joindre au Canada à plusieurs occasions, il n'y a guère de débat public sur la question jusqu'en 1947. Par suite des difficultés financières qu'elle connaît pendant la grande dépression des années 1930, la colonie est forcée d'abandonner le gouvernement responsable, qui est remplacé par une commission de gouvernement nommée par la Grande-Bretagne. Toutefois, pendant la Deuxième Guerre mondiale, Terre-Neuve jouit d'une prospérité sans précédent attribuable en grande partie aux dépenses militaires du Canada et des États-Unis. Après la guerre, le pays élit des délégués à une convention nationale chargée d'envisager son avenir constitutionnel. Après des débats considérables, la convention recommande au gouvernement britannique de demander à la population de choisir, par voie de référendum national, entre le maintien de la commission de gouvernement et le rétablissement du gouvernement responsable. Toutefois, il se trouve au sein de la convention un groupe peu nombreux, mais très bien organisé dirigé par Joseph R. Smallwood (qui deviendra en 1949 le premier premier ministre de la province) et F. Gordon Bradley, qui veut que l'union avec le Canada figure sur le bulletin de vote. Cette option obtient également la faveur du gouvernement britannique et sera finalement ajoutée aux choix du référendum. Le référendum demande donc à la population d'envisager trois choix possibles : le maintien de la commission de gouvernement pendant encore cinq ans, le rétablissement du gouvernement responsable qui existait en 1933, et la confédération avec le Canada.

Deux référendums sont nécessaires pour régler la question. Lors du premier, tenu le 3 juin 1948, l'option de la commission de gouvernement est éliminée, ayant obtenu le plus petit nombre de voix. La campagne en vue du vote décisif du 22 juillet est acharnée : elle a pour enjeu l'avenir du pays; en un mot, il s'agit de savoir si la population est prête à renoncer au statut de dominion autonome (constitutionnellement égal au Canada) pour former l'une des 10 provinces du Canada. Les partisans du retour à l'autonomie soutiennent que le gouvernement britannique a simplement suspendu l'application de la Constitution de Terre-Neuve en 1933 et que la Grande-Bretagne a le devoir de la rétablir avant que toute autre option constitutionnelle soit envisagée. En fait, de nombreux adversaires de la confédération croient qu'ils pourraient obtenir du Canada des conditions plus avantageuses s'ils pouvaient négocier en situation d'égalité constitutionnelle. Toutefois, les partisans du gouvernement responsable passent plus de temps à dénigrer la confédération qu'à faire valoir les avantages de l'indépendance de Terre-Neuve : ils soutiennent que l'union avec le Canada entraînerait la ruine des pêches et des industries terre-neuviennes et ferait augmenter les impôts. Selon les partisans de la confédération, Terre-Neuve a toujours connu une existence précaire, et l'union avec le Canada amènerait un avenir beaucoup plus heureux que si l'île était seule pour affronter le monde de l'après-guerre. Smallwood et ses partisans vantent les avantages sociaux et économiques que le Canada a à offrir.

Dans une large mesure, c'est l'organisation qui fait pencher la balance. Les partisans de la confédération sont extrêmement bien organisés tandis que ses adversaires ne le sont pas. Smallwood et ses partisans parcourent l'île en tous sens alors que ceux qui favorisent le rétablissement du gouvernement responsable limitent à peu près leur campagne aux environs de Saint John's. Les commentateurs et les historiens ont souvent souligné que les suffrages se sont partagés en fonction des milieux urbain et rural ainsi que des confessions religieuses, mais ils ont eu tendance à surestimer l'influence de la religion et des facteurs géographiques sur le résultat. Par ailleurs, on a tenté ces dernières années de prouver que le résultat était décidé d'avance parce que les Britanniques et les Canadiens avait conspiré contre les gens de Terre-Neuve pour les faire entrer dans la confédération, mais aucune preuve n'indique qu'il en était ainsi. Il est vrai, toutefois, que la question de l'union entre Terre-Neuve et le Canada a divisé les localités et les familles et que, après deux référendums âprement disputés, la population a choisi par une faible majorité d'adhérer au Canada parce qu'elle a cru que cette option lui offrait les meilleures perspectives de prospérité dans le monde de l'après-guerre.

 

 

 


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