Politique étrangère en tant que politique d'identité
 

L'histoire des avantages et inconvénients de la « vie commune avec l'oncle Sam » — c'est ainsi que le diplomate canadien John Holmes décrit le coexistence entre le Canada et les États-Unis — nous ramène une fois de plus aux paramètres de la politique étrangère canadienne ainsi qu'aux intentions et intérêts principaux de cette politique. La politique étrangère d'un pays vise à promouvoir les intérêts nationaux de ce pays, ou plus exactement la perception qu'en a le gouvernement en place. Ces intérêts nationaux peuvent évoluer ou demeurer stables à long terme. Un gouvernement peut définir ces intérêts selon une vision plutôt bornée ou concentrer ses énergies en matière de politique étrangère à une conception éclairée et à long terme des intérêts nationaux. Dans une société démocratique, les personnes et les organismes sont invités et encouragés à participer au processus de définition des intérêts nationaux et de formulation des priorités. La prise de décisions en matière de politique étrangère n'est pas réservée à une élite restreinte, mais fait l'objet d'un débat public. En conséquence, ces décisions portent la marque des divergences d'opinion entre les diverses tendances politiques du pays.

Le débat sur l'Accord de libre-échange (ALÉ) est un bon exemple de cette interpénétration des politiques intérieure et extérieure. Le principal argument des adversaires de l'ALÉ était à la fois économique et politique : on craignait que certains secteurs relativement faibles de l'économie canadienne ne perdent la protection qu'ils recevaient du pays. En plus, toutefois, ces adversaires redoutaient obscurément de voir le commerce canado-américain entraîner un jour l'absorption politique du pays par son partenaire beaucoup plus puissant. Aux yeux de ces opposants, la politique étrangère du gouvernement conservateur de M. Mulroney consistait à abandonner de bon gré ce qui distinguait le Canada des États-Unis et à vendre l'identité politique du Canada. L'opposition à l'ALENA a souvent été fondée sur ce motif également.

La politique étrangère, tout en visant à promouvoir les intérêts nationaux sur la scène internationale, contribue aussi à créer et à redéfinir l'identité nationale collective. Il en est ainsi pour tous les pays, mais c'est particulièrement vrai pour le Canada, car la géographie et l'histoire du pays semblent contribuer à la formation d'une identité nationale relativement faible. Une comparaison avec d'autres pays du monde occidental et d'ailleurs indique que, sur le plan de l'intensité du nationalisme, on doit ranger le Canada vers le bas de l'échelle mondiale.

Certains Canadiens voudraient nier cet énoncé ou, s'ils l'admettent à contrecoeur, regrettent profondément cet état de choses. Ils ont tort : eu égard aux nombreux conflits violents qui ont été provoqués par l'affrontement des nationalismes, une identité nationale plus modérée et plus civilisée est une ressource politique précieuse. C'est seulement l'absence totale d'identité politique commune dans la population d'un pays qui peut finir par amener la chute de l'État.

 

 

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