| Développement de l'Ouest canadien et protestations politiques de 1867 à 1914 | ||
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La formation de nouveaux partis politiques découle souvent du fait que des groupes sociaux influents croient que les partis établis ne représentent pas efficacement leurs intérêts pendant les périodes de changements sociaux importants. C'est essentiellement ce qui s'est passé dans l'Ouest canadien. Il est important de retenir que le développement de l'Ouest est attribuable en grande partie à la Politique nationale du premier ministre John A. MacDonald, qui utilise les tarifs douaniers, les chemins de fer et l'immigration pour doter le Canada d'une économie nationale. Le gouvernement fédéral (alors appelé gouvernement du Dominion) croit que des tarifs protectionnistes, qui sont essentiellement une taxe sur les importations, sont nécessaires pour protéger les « industries embryonnaires » du sud de l'Ontario et du Québec. Le gouvernement soutient que l'intérêt national exige la promotion du secteur manufacturier pour diminuer la demande d'importation. Un chemin de fer est nécessaire pour deux raisons : d'abord, il permet d'acheminer les ressources naturelles des régions au centre industriel du pays pour qu'elles soient transformées en produits finis; ensuite, il permet de réexpédier les produits fabriqués vers les marchés captifs des régions. Les chemins de fer sont également importants pour expédier vers les marchés internationaux le grain produit dans l'Ouest. Le troisième volet de la Politique nationale est l'immigration. Il faut des gens pour coloniser l'Ouest, et le gouvernement ainsi que les compagnies ferroviaires entreprennent une campagne de publicité en Grande-Bretagne, aux États-Unis et en Europe pour encourager les agriculteurs éventuels à venir dans l'Ouest canadien. On offre aux immigrants des « terres gratuites », 160 acres de terres pouvant servir à la production agricole. La Politique nationale apporte d'abord à l'Ouest une période de prospérité. En 1896, le Canada produit 8 millions de boisseaux de blé; en 1912, la production annuelle atteint 232 millions de boisseaux. La population connaît une croissance du même ordre : en 1891, à peine 5 p. 100 de la population canadienne vit dans l'Ouest; en 1911, 25 p. 100 de la population réside dans les Prairies et en Colombie-Britannique. La croissance rapide de la région force le gouvernement fédéral à créer en 1905 deux nouvelles provinces, la Saskatchewan et l'Alberta. Toutefois, en vertu des lois d'autonomie qui créent les deux nouvelles provinces, le gouvernement fédéral garde le pouvoir sur leurs ressources naturelles « à l'usage du Dominion ». Ottawa accordera aux provinces la maîtrise de leurs ressources naturelles dans les années 30. L'immigration, les chemins de fer et les tarifs douaniers sont également les fondements du développement économique et social de la Colombie-Britannique. Les chemins de fer amènent les travailleurs, l'équipement et les approvisionnements dans les villes des compagnies d'extraction minière et permettent d'en expédier les ressources extraites. Depuis la fin du XIXe siècle dans les mines de charbon de l'île de Vancouver jusqu'aux années 30 dans de nombreux centres miniers du continent, les immigrants font de longues journées de travail dans des conditions dangereuses. Comme dans une grande partie du monde occidental au tournant du siècle, la situation d'ensemble rend les doctrines socialistes radicales attrayantes pour la classe ouvrière. Les travailleurs de la Colombie-Britannique fondent des organisations politiques pour promouvoir les idées socialistes importées d'Angleterre, d'Europe et de l'ouest des États-Unis; ces travailleurs et leurs syndicats ont atteint un haut niveau d'activité à la fin de la Première Guerre mondiale. Les immigrants d'origine asiatique (venus de l'Inde et de la Chine) de la Colombie-Britannique sont visiblement à l'écart de ce tableau. Importés pour faire des travaux dangereux à faible salaire dans les mines et la construction ferroviaire, puis dans les industries des fruits et légumes, ils sont victimes de discrimination de la part des employeurs, mais aussi des travailleurs blancs. Les peuples autochtones sont également marginalisés; leurs communautés dépérissent à cause des maladies et des privations, et ils ont besoin de toutes leurs énergies pour survivre à peine. Les protestations politiques sont généralement un luxe qu'on peut se permettre seulement quand la survie est assurée. Pour les travailleurs et agriculteurs appartenant à la culture dominante canadienne-anglaise, l'Ouest est une terre propice à l'activité politique. Les nouveaux partis qui représentent les intérêts et les points de vue des producteurs de grains et des travailleurs du secteur industriel et de celui des ressources prolifèrent dans l'Ouest canadien après 1910. Diverses campagnes sont entreprises en faveur de toutes sortes de réformes sociales et politiques, allant du droit de vote des femmes à la prohibition et à la démocratie directe (initiative, référendum et révocation). De toutes les régions du Canada, c'est l'Ouest qui s'engage avec le plus d'enthousiasme dans la nouvelle ère démocratique qui va de 1900 à 1930. En 1905, les trois provinces des Prairies ont des associations de producteurs de grains, qui exercent des pressions en faveur des agriculteurs et négocient efficacement avec les compagnies privées de grains, les marchés céréaliers internationaux, les institutions financières et les compagnies ferroviaires. En tant qu'organisations dont chaque membre a le droit de vote, les coopératives permettent aux agriculteurs de gérer leurs affaires dans leurs propres localités tout en leur donnant l'expérience de la prise de décisions démocratiques. Ainsi, il est plus facile pour les agriculteurs de concevoir des méthodes et des politiques innovatrices. Pour les travailleurs urbains du secteur industriel et pour ceux des villes minières de l'Ouest canadien, les syndicats sont le pendant des coopératives agricoles. Ils constituent pour les travailleurs une force de prise de décisions collectives et une structure autogérée qui leur permet de discuter de nouvelles idées sociales et politiques. De 1910 à 1920, toutes les grandes villes des Prairies voient naître un parti travailliste indépendant ou un parti travailliste du Dominion qui préconise la propriété publique des industries essentielles ainsi que la démocratie industrielle, laquelle est un moyen de procurer aux travailleurs des droits d'exercice de la démocratie à leurs lieux de travail. Les militants de ces partis forment des sections locales de la Fédération du commonwealth coopératif (CCF) lorsque celle-ci est fondée en 1932.
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