Traditions politiques des Prairies de 1914 à 1935
 

Avant 1914, aucun parti spécifiquement agricole n'a été constitué dans les Prairies, et les petits partis travaillistes font piètre figure aux élections provinciales. En 1918, la popularité des partis travaillistes s'est renforcée sous l'effet simultané des prix élevés, des faibles salaires et de la répression du gouvernement à l'endroit des dissidents syndicaux pendant la Première Guerre mondiale. Le mouvement syndical arrive à un point tournant pendant l'été 1919, lorsqu'une grève générale déclenchée à Winnipeg à l'appui des revendications syndicales se heurte à la répression armée exercée par la police locale et nationale. De courtes grèves de solidarité s'ensuivent dans la plupart des villes de l'Ouest, et de nombreux travailleurs se mobilisent contre l'élite commerciale et politique dominante.

Les organisations agricoles également songent sérieusement à s'engager dans de nouvelles voies politiques. Voyant que le gouvernement d'union (1917-1920) n'a apporté aucun changement important à la structure des tarifs douaniers, de nombreux agriculteurs délaissent les vieux partis.

Certains militants politiques des Prairies trouvent que les partis politiques sont foncièrement antidémocratiques et devraient être remplacés par des organisations politiques non partisanes. Beaucoup d'autres, qui ne sont pas carrément contre les partis, sont déterminés à rompre avec le cadre des anciens usages des partis.

Les producteurs de grains constituent le groupe professionnel le plus considérable des Prairies, tandis que les associations et coopératives provinciales de producteurs de grains sont les principaux groupes d'intérêts qui traitent avec les gouvernements provinciaux et fédéral. En conséquence, lorsque les organisations agricoles de l'Alberta, du Manitoba et de la Saskatchewan imitent les Fermiers unis de l'Ontario en se lançant en politique entre 1920 et 1922, des formations politiques puissantes et prêtes à remplacer les gouvernements des vieux partis apparaissent subitement sur la scène.

Les partis agricoles réussissent à mobiliser l'opinion publique en faveur de l'étatisation des banques et des ressources, d'un remaniement des institutions politiques et d'autres mesures réformistes. Aiguillonnée par la Non-Partisan League, l'organisation des Fermiers unis de l'Alberta élabore la critique la plus radicale et la plus originale de la politique des vieux partis et une nouvelle théorie de la représentation politique. Les organisations agricoles des autres provinces de l'Ouest sont moins innovatrices mais réussissent quand même à jeter les bases de l'activité politique de tiers partis.

Les agriculteurs des Prairies s'en prennent régulièrement à la Politique nationale et particulièrement aux tarifs protectionnistes. En 1921, le programme électoral agricole du Conseil canadien de l'agriculture indique que les tarifs douaniers exercent « une influence corruptrice majeure sur la vie de notre pays parce que les intérêts ainsi protégés, afin de maintenir leurs privilèges injustes, contribuent généreusement au financement politique et aux caisses électorales, encourageant ainsi les deux partis à rechercher leur appui et affaiblissant en conséquence le niveau de moralité publique ».

Il faut aussi retenir que les agriculteurs et les gens qui vivent en milieu rural ont de la difficulté à soutenir les changements auxquels ils font face dans un Canada qui se modernise et s'industrialise de plus en plus. Les agriculteurs voient leur mode de vie menacé du fait que le pouvoir des régions rurales s'affaiblit au profit des régions urbaines du pays. En même temps, l'essor économique dont jouissaient les Prairies prend fin pour diverses raisons. Le ralentissement économique soulève la colère des agriculteurs contre les vieux partis, les banques et les grandes entreprises. On doit également signaler que l'arrivée massive d'immigrants dans l'Ouest a créé une culture politique plus susceptible d'embrasser de nouvelles idées que la culture politique plus traditionnelle de l'est du Canada.

Pendant la campagne électorale fédérale de 1921, les Fermiers unis de l'Alberta présentent des candidats fédéraux dans leur province; les sections locales de la Saskatchewan Grain Growers' Association, les Fermiers unis du Manitoba et les Fermiers unis de l'Ontario mettent en candidature sous l'étiquette progressiste des candidats fédéraux qui adhèrent au programme électoral agricole. Ces candidats agricoles balaient presque totalement les circonscriptions rurales aux élections de 1921, et le « parti progressiste » arrivé à Ottawa vient au deuxième rang parmi les formations politiques au Parlement. Toutefois, n'ayant ni organisation centrale ni structure de direction et comptant 65 députés indépendants, il n'est pas vraiment un parti. Depuis le jour où l'électorat de l'Ouest commence à délaisser les partis établis, on utilise plus fréquemment les termes de « gauche » et de « droite » pour expliquer dans quelle mesure les idéologies politiques diffèrent l'une de l'autre.

En termes simples, le conflit entre la gauche et la droite porte surtout sur la question de savoir si l'État devrait jouer un rôle considérable ou mineur dans la vie économique. La gauche préfère un rôle important de l'État en vue de la réduction des inégalités sociales. En général, la droite préfère que l'État joue un rôle relativement restreint et veille à maintenir l'efficacité de l'économie de marché et la stabilité de l'ordre social, quelles que soient les répercussions sur l'égalité sociale.

 

 

 


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