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C'est ainsi que le Canada envoya ses troupes en Corée, à la suite de l'invasion de la Corée du Sud par l'armée nord-coréenne en juin 1950. Pour les Canadiens, la Corée pouvait sembler lointaine; cependant, comme l'expliqua le premier ministre Louis Saint-Laurent, le Canada devait appuyer les Nations-Unies en participant à cette « action de police », pour éviter une nouvelle guerre mondiale et décourager les agressions. Trois cent douze Canadiens perdirent la vie pendant les trois ans que dura cette guerre. En même temps, le Canada collaborait avec la Grande-Bretagne, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, l'Inde, le Pakistan et Ceylan à l'établissement du Plan Colombo qui, en favorisant le progrès économique et social, visait à stabiliser les anciens territoires britanniques d'Asie. Tout comme l'action policière en Corée, le Plan Colombo avait pour but de faire échouer le communisme. Le Canada espérait montrer ainsi aux pays d'Asie du Sud-Est nouvellement indépendants que le modèle de l'Occident était préférable à celui de l'Union soviétique. Cependant, le Canada s'est souvent trouvé dans des situations lui laissant peu de possibilités d'action. Ayant accepté en 1954 de participer aux commissions internationales de contrôle et de supervision au Viêt-nam, au Laos et au Cambodge, le Canada tenta vainement d'arbitrer des intérêts opposés et des divisions séculaires. Vingt ans d'efforts ne donnèrent guère de résultats. De plus, les rapports avec la Chine posaient un autre problème. Hostile au régime communiste de Mao Ze-dong, le public canadien était peu disposé à resserrer avec ce pays les liens diplomatiques, malgré le désir des Chinois d'acheter du blé canadien. A plusieurs reprises, la complexité des relations avec l'Extrême-Orient a provoqué des tensions entre le Canada et les États-Unis. En mai 1973, Mitchell Sharp, qui était alors secrétaire d'État aux affaires extérieures, annonça que le Canada se retirait de la commission chargée de surveiller le cessez-le-feu au Viêt-nam.
Face aux dilemmes posés par sa politique étrangère, le gouvernement fédéral décida de favoriser désormais les intérêts canadiens. Cette « troisième option », exposée en 1970 dans le Livre blanc sur la politique étrangère canadienne, était axée sur le potentiel commercial de la région du Pacifique. Le commerce entre le Canada et l'Asie avait augmenté très rapidement: en quelques années seulement, les exportations avaient plus que doublé, tandis que les importations avaient triplé. Le Livre blanc prévoyait que le Canada, désireux de tirer meilleur profit de ces débouchés, ferait encore office de médiateur, afin de favoriser la paix et la stabilité dans la région du Pacifique, mais que les questions économiques et commerciales tiendraient désormais une place plus importante dans ses relations avec l'Asie. Le 13 octobre 1970, manifestant son indépendance à l'égard des Etats-Unis, le gouvernement canadien reconnaissait officiellement la République populaire de Chine. Deux semaines plus tard, le Canada négociait avec la Chine sa plus importante de vente de blé de tous les temps. Peu après, le premier ministre Trudeau devenait le premier chef d'État à visiter officiellement la Chine. A la suite d'entretiens avec le premier ministre Zhou Enlai et le président Mao, M. Trudeau annonça une série d'accords, dont l'attribution réciproque du statut de la nation la plus favorisée, assurant aux échanges commerciaux les meilleures conditions possibles. Cependant, il fut vite évident que les États-Unis, l'Europe et le Japon seraient des concurrents redoutables sur les marchés chinois. Le Canada accordait aussi une attention spéciale aux relations commerciales avec le Japon. Elles étaient profitables, mais la balance positive dépendait uniquement de la vente au Japon de nos produits agricoles et matières premières. Pour équilibrer le commerce, il fallait convaincre le Japon d'éliminer les obstacles à l'exportation de produits fabriqués au Canada. Le gouvernement canadien s'est donc efforcé d'approfondir et d'élargir les relations par les échanges culturels, la coopération politique et les initiatives économiques. Le Japon est rapidement devenu le deuxième partenaire commercial du Canada, et les exportations canadiennes au Japon ont continué d'augmenter rapidement. En même temps, le Canada cherchait à resserrer ses liens avec d'autres pays du Sud-Est asiatique. La Malaisie et Singapour, nouveaux États aux économies en plein essor, étaient eux aussi membres du Commonwealth. Les richesses minérales de l'Indonésie attirèrent aussi les investisseurs canadiens. Parallèlement, de nombreux programmes d'aide administrés par l'ACDI (Agence canadienne de développement international) créaient une présence canadienne non seulement en Indonésie, mais aussi en Thaïlande et aux Philippines.
Le gouvernement conservateur de Brian Mulroney mit l'accent sur l'augmentation des échanges commerciaux. Le nouveau gouvernement devait une bonne part de son soutien aux provinces de l'Ouest et reconnaissait la nécessité de promouvoir la vente des produits de cette région dans le bassin du Pacifique. Sous les Conservateurs, les missions commerciales et de visites ministérielles se multiplièrent. Pour appuyer les entreprises canadiennes, on ouvrit de nouveaux consulats en Chine et au Japon. L'Agence d'examen des investissements étrangers fut rebaptisée Investissement Canada, et chargée de l'aide aux investisseurs étrangers. Par ailleurs, convaincu que le bassin du Pacifique allait être le marché de l'avenir, le gouvernement mit sur pied le Comité consultatif sur le commerce extérieur composé de gens d'affaires et, par l'intermédiaire du ministère des Affaires extérieures, lança l'initiative commerciale « Pacifique 2000 ». Le Canada avait tardé à reconnaître les perspectives offertes par l'Asie; nombre de ces initiatives visaient à rattraper le temps perdu. Les entreprises canadiennes affrontaient une rude concurrence de la part des entreprises américaines, australiennes et japonaises qui avaient déjà défini leurs stratégies commerciales et investi dans la région. Fort d'une nouvelle approche dynamique concentrée sur des produits et des pays choisis, le Canada était déterminé à relever le défi.
Le succès commercial en Asie était alors particulièrement important parce que des changements s'opéraient aussi au Canada. Après la crise pétrolière des années 1970 et la récession qui en résulta à la fin de la décennie, les milieux d'affaires étaient impatients de trouver des marchés étrangers. L'Ouest, notamment, voyait de plus en plus son avenir commercial lié à celui du Pacifique. En outre, c'est en achetant les automobiles du Japon, les vêtements de Hong Kong et de nombreux autres produits importés d'Extrême-Orient que le consommateur canadien prenait conscience de l'essor des économies asiatiques. Pour parer à cette nouvelle concurrence sur le marché national, le gouvernement a d'abord tenté, par des décrets, de limiter l'importation de produits manufacturés en Asie. Cependant, ces mesures protectionnistes n'apportaient aucune solution à long terme aux changements suscités par la transformation de l'économie mondiale. A leur place, le gouvernement choisit d'adopter une stratégie commerciale beaucoup plus dynamique. Dans une allocution prononcée à Hong Kong en 1980, Mark MacGuigan, qui était alors secrétaire d'État aux Affaires extérieures, précisa que le Canada entendait participer en partenaire à l'avènement économique de la région: « Nous voulons prendre part à cette expérience nouvelle, contribuer au développement de la région et en partager les bénéfices ». Au début des années 1980, en effet, le gouvernement redoubla d'efforts pour encourager l'exportation, vue comme un moyen de développer l'économie canadienne et de créer des emplois. Toutefois, les responsables de cette politique croyaient que cela n'était possible que par une étroite collaboration entre le gouvernement fédéral, ceux des provinces et les milieux d'affaires. La stratégie était simple: ensemble, le gouvernement et l'entreprise privée cerneraient les produits ou services canadiens susceptibles d'intéresser une clientèle étrangère, avant d'identifier les marchés les plus avantageux, et d'élaborer un plan de mise en marché. Les deux secteurs collaboreraient ensuite afin de concentrer leurs efforts sur les marchés et les produits offrant le meilleur potentiel.
Les questions économiques primaient toujours dans les rapports avec le Japon. Les exportations vers ce pays augmentaient rapidement, et le Canada bénéficiait d'un excédent commercial. Mais cette situation apparemment favorable n'était pas sans nuages. Nos ventes se limitaient encore aux matières premières et aux produits agricoles, tandis que la plupart des importations japonaises étaient manufacturées. Comme les Canadiens achetaient de plus en plus de baladeurs Sony et de voitures Toyota, la balance commerciale favorisait de plus en plus le Japon. Celui-ci reste toutefois un partenaire très intéressant. La Chine posait un défi très différent. Avant l'établissement de relations diplomatiques, les exportations canadiennes vers la Chine se limitaient presque aux céréales. En même temps, le Canada importait très peu de produits chinois. Au milieu des années 1970, après une période de tensions suscitée par la « Révolution culturelle » chinoise de de 1966, les relations entre les deux pays s'améliorèrent, et lorsque la Chine eut ouvert ses portes au reste du monde et adopté une politique de modernisation, les relations commerciales évoluèrent rapidement. En 1979, un nouvel accord assurait à la Chine, par l'entremise de la Société pour l'expansion des exportations, une marge de crédit de deux milliards de dollars. En même temps, le statut de nation la plus favorisée abaissait les tarifs applicables aux produits chinois. Ce traitement préférentiel se poursuivit sous le gouvernement du premier ministre Mulroney qui, au cours d'une visite officielle à Pékin en mai 1986, annonça que l'Agence canadienne de développement international (ACDI) doublait le montant de son aide à la Chine. Bien que la balance commerciale reste encore très favorable au Canada, les importations chinoises augmentent régulièrement. En même temps, un fort pourcentage des exportations du Canada vers la Chine consiste désormais en des produits manufacturés ou à « valeur ajoutée ». Ailleurs en Asie, les nouveaux pays industrialisés, tels que la Corée du Sud, Hong Kong, Taiwan et Singapour, intéressèrent le Canada qui, en 1973, ouvrait sa première ambassade en Corée du Sud. En peu de temps, les échanges commerciaux avec la Corée du Sud augmentèrent considérablement, faisant de ce pays le deuxième partenaire commercial du Canada en Asie. Paradoxalement, cette croissance s'avère préoccupante parce qu'elle se traduit pour nous par un déficit commercial difficile à combler. Le Canada doit faire face aux mêmes problèmes avec deux autres nouveaux pays industrialisés de la région: Taiwan et Hong Kong. Le Canada leur vend des produits manufacturés, mais pas assez pour rétablir l'équilibre commercial. Le déficit est partiellement comblé par la vente de pièces en or ayant comme motif une feuille d'érable, frappées par la Monnaie royale du Canada, et par un programme fédéral encourageant les émigrants de Hong Kong à investir des sommes importantes au Canada. Le déséquilibre commercial, toutefois, reste très préoccupant. Le Canada a aussi augmenté ses échanges avec l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ANASE). Bien que les pays membres la Malaisie, la Thaïlande, Singapour, l'Indonésie, Brunei et les Philippines possèdent d'importantes ressources naturelles et constituent un marché de 300 millions de personnes, ce n'est que depuis la fin des années 1960 que l'ANASE joue un rôle dans notre politique étrangère. Pour améliorer les relations industrielles et commerciales avec l'ANASE, le Canada a signé un accord de coopération économique en septembre 1981. Toutefois, malgré une augmentation encourageante des échanges, le Canada reste un « nouveau venu » et n'investit pas beaucoup dans cette région, sauf en Indonésie. Les richesses minérales de ce pays et ses besoins en infrastructure (routes, ponts et autres installations) ont attiré les investisseurs canadiens, dont l'International Nickel Company (INCO), Aluminium Alcan et les chaussures Bata. En même temps, l'ACDI a élaboré des projets destinés à répondre aux besoins économiques et commerciaux de l'Indonésie. Malgré une période de croissance rapide pendant les années 1980, les échanges avec les pays de l'ANASE sont moins nombreux qu'avec les autres régions de l'Asie. Depuis longtemps, les associations du Commonwealth et un patrimoine culturel commun ont contribué à assurer de très bonnes relations entre le Canada, l'Australie et la Nouvelle-Zélande, malgré la distance séparant le Canada de ses deux partenaires du Pacifique. En revanche, à cause de la similitude de leurs économies, le Canada et l'Australie se font concurrence pour la vente de ressources naturelles et de produits agricoles aux marchés asiatiques. Cependant, l'Australie reste pour nous un client important, comme la Nouvelle-Zélande, quoique dans une moindre mesure.
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Pour ce faire, le gouvernement fédéral et les milieux d'affaires peuvent s'appuyer sur les gouvernements provinciaux, lesquels sont de plus en plus actifs dans la région du Pacifique. Cinq provinces (la Colombie-Britannique, l'Alberta, la Saskatchewan, l'Ontario et le Québec) y entretiennent d'importantes relations commerciales. Les Canadiens jouent aussi un rôle actif au sein des organismes non gouvernementaux, notamment le Conseil économique des pays du Bassin du Pacifique et la Conférence sur le commerce et le développement du Pacifique. Le gouvernement fédéral espère aussi que l'Accord de libre-échange nord-américain encouragera la productivité canadienne et par conséquent, l'augmentation des exportations. Entre-temps, la présence asiatique au Canada, renforcée par l'immigration récente, par l'arrivée de milliers d'étudiants de Chine, de Hong Kong et de pays de l'ANASE, et par les relations interuniversitaires et l'essor des programmes d'échanges et de formation linguistique, entraînera sans doute une meilleure compréhension. L'importance de celle-ci a incité le gouvernement fédéral à créer en 1983 la Fondation Asie-Pacifique du Canada. Par ses programmes, la Fondation cherche à pratiquer une ouverture canadienne sur l'Asie et le Pacifique. Plus récemment, en 1991, le premier ministre du Canada et le premier ministre du Japon établissaient le « Forum Canada-Japon 2000 Partenaires par-delà le Pacifique », un organisme binational chargé de faire le point sur les relations canado-japonaises et de définir leur future orientation. Le Forum avait pour objectifs d'approfondir la compréhension mutuelle et les efforts conjoints pour faire face aux grands problèmes mondiaux, tels que l'environnement, le commerce, les droits de la personne et les réfugiés. Le Forum visait aussi l'amélioration des perspectives commerciales.
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