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  La défense du Canada
 

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Au cours des dernières années, notre monde s'est radicalement transformé. La chute du Mur de Berlin, la réunification de l'Allemagne et la désintégration de l'Union soviétique ont mis fin à la Guerre froide et à l'atmosphère de crise permanente qui avait caractérisé les relations Est-Ouest depuis 1945. Cependant, ces changements n'ont pas assuré la paix durable souhaitée par les Canadiens. Au début des années 1990, par exemple, des guerres éclatèrent dans le golfe Persique et dans l'ancienne Yougoslavie. En 1991, plus de 2 000 soldats canadiens prirent part à la guerre du Golfe. Par ailleurs, à la fin de 1994, 2 700 Canadiens s'acquittaient encore d'une tâche familière et respectée, mais de plus en plus dangereuse : le maintien de la paix sous l'égide des Nations Unies.

Quoique la situation mondiale actuelle ne menace pas directement le Canada comme à l'époque de la Guerre froide, elle n'est toutefois ni plus pacifique ni plus stable. En outre, l'importance de la dette nationale, qui s'élève à 750 milliards de dollars, obligera le Canada à réduire ses dépenses militaires. Les forces armées canadiennes doivent néanmoins continuer à tenir les engagements militaires que leur imposent la géographie et l'histoire : elles continuent de «monter la garde» pour le Canada et ses alliés en Amérique du Nord et en Europe. Sous le drapeau des Nations Unies, elles participent aux opérations de maintien de la paix dans les régions perturbées.

Les réductions de personnel et de matériel rendront ces obligations de plus en plus difficiles à respecter. Mais l'écart entre l'engagement politique et la capacité militaire n'est pas nouveau. Il est enraciné dans notre histoire militaire, et contribue au dilemme que pose la défense du Canada.

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Une puissance non militariste
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Le Canada est né du malaise provoqué par la proximité des États-Unis, devenus l'une des grandes puissances militaires de l'époque à l'issue d'une guerre civile sanglante. Pour les sujets britanniques du futur Canada, qui craignaient cette supériorité militaire, la Confédération de 1867 représentait une sécurité accrue.

Cependant, la jeune nation ne tenta pas vraiment de s'armer contre une éventuelle invasion américaine. Jusqu'à la veille de la Première Guerre mondiale, le Canada ne maintint qu'une milice mal entraînée et mal équipée, estimant que de toute façon une population peu nombreuse, dispersée sur un territoire de quelque 9,2 millions de km2, ne pouvait guère résister aux États-Unis, avec lesquels il partageait une longue frontière impossible à défendre. Plutôt que de se doter de forces armées importantes, le Canada préféra user du droit et de la diplomatie pour régler ses différends avec son voisin du sud. En outre, nos dirigeants estimaient qu'en raison de sa géographie, seules les grandes puissances pouvaient menacer la sécurité du pays — ou la défendre. Selon ce raisonnement, la meilleure défense était de s'allier à de grandes puissances protectrices qui y trouveraient leur intérêt.

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Un protectorat des grandes puissances
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Le premier de ces protecteurs fut bien entendu la Grande-Bretagne. Les garnisons britanniques du Canada furent rapatriées définitivement avant 1905, mais l'Angleterre, qui demeura la première puissance maritime du monde jusqu'à la fin des années 1930, s'était engagée à protéger nos côtes, qui s'étendaient sur 244 000 km (y compris les îles). Au déclin de la puissance britannique, le rôle de gardien du Canada fut assumé par les États-Unis, son ancien rival devenu bon voisin.

Peu avant la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis englobèrent le Canada dans leur zone d'influence et de protection, définie au 19e siècle par la doctrine Monroe. Dans un discours prononcé à l'Université Queen's en 1938, le président américain Franklin D. Roosevelt s'engagea à intervenir si le Canada était menacé par une puissance hostile. Depuis, la défense des États-Unis et celle du continent nord-américain sont synonymes. Lorsqu'elle devint après la guerre une superpuissance nucléaire, l'Amérique étendit cette nouvelle protection au Canada. Comme la sécurité du Canada est importante pour les États-Unis, notre protection est assurée. Cette garantie sous-tend actuellement la politique canadienne de défense.

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Une communauté non militariste
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Selon l'historien militaire Charles Stacey, le Canada est une «communauté non militariste», car il n'a jamais souhaité être une grande puissance militaire. Les Canadiens ont préféré consacrer leurs dépenses aux biens de consommation et aux services publics. Cette indifférence à l'égard du domaine militaire découle en partie de nos liens avec de grandes puissances amies telles que la Grande-Bretagne et les États-Unis, mais elle est en même temps profondément enracinée dans notre histoire et notre culture. Pendant les deux guerres mondiales, par exemple, le pays faillit être déchiré par l'opposition à la conscription, qui se manifesta surtout au Québec. Le Canada resta uni, mais ne pouvait ignorer les profondes divisions de l'opinion publique au sujet de son rôle militaire.

Cependant, si la guerre a parfois divisé les Canadiens, elle a aussi unifié le pays face à un danger commun. La méfiance à l'égard du colosse américain créé par la guerre de Sécession fut en partie à l'origine de la Confédération. De plus, les deux guerres mondiales ont beaucoup contribué à forger notre identité nationale. Bien que la conscription ait été imposée vers la fin de la Seconde Guerre, après d'âpres débats, les troupes canadiennes envoyées outre-mer pendant ces deux conflits étaient constituées de volontaires dont le patriotisme a été une source d'inspiration pour d'autres. Les sacrifices de nos soldats contribuèrent grandement à faire du Canada un État à part entière.

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Partenaires pour la défense
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Des 500 000 hommes que le Canada contribua à l'effort de guerre pendant la Première Guerre mondiale, 60 000 ne revinrent pas. En 1919, à l'issue de cette «guerre pour mettre fin à la guerre», le Canada devint l'un des membres fondateurs de la Société des Nations. Cette organisation visait à maintenir la sécurité internationale en imposant des sanctions économiques ou militaires aux pays qui menaçaient la paix. Mais le Canada ne tarda pas à manifester son indépendance à l'égard de la Société en refusant de prendre part à des mesures de sécurité collectives. C'est cet isolationnisme, encore plus manifeste aux États-Unis, qui finit par rendre impuissante la Société des Nations.

En 1931, le Statut de Westminster fit du Canada un État à part entière, membre du Commonwealth britannique, et responsable de ses propres politiques en matière de défense et de relations extérieures. La Grande-Bretagne ne pouvait plus déclarer la guerre au nom de son ancienne colonie. Cependant, dès le début de la Seconde Guerre mondiale en 1939, le Canada s'engagea à fond aux côtés des Alliés. La perte de 45 000 soldats ne fit que renforcer la résolution du Canada à défendre la paix dans le monde. Au sein de l'Organisation des Nations Unies, fondée en 1945, le Canada se servit de son vote de puissance moyenne reconnue pour promouvoir la sécurité commune. Il fit partie de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN) dès sa fondation, et appuya sans réserve le rôle joué par l'ONU dans la guerre de Corée, en 1950.

Au lendemain des deux guerres mondiales, le Canada démobilisa néanmoins ses troupes aussi rapidement que les autres puissances victorieuses, plutôt que de maintenir une force de dissuasion en temps de paix. Il appuya, dès la fin des années 1940, le rôle protecteur que jouait l'OTAN contre l'expansion militaire soviétique en Europe occidentale, mais sans lui envoyer de troupes. Lorsque l'ONU décida d'envoyer des effectifs en Corée, les ressources militaires canadiennes étaient pour ainsi dire inexistantes. Une fois de plus, le Canada se mobilisa rapidement, tandis que son budget de défense atteignait 7,8 p. 100 du produit intérieur brut, le niveau le plus élevé de toute son histoire; 154 vaisseaux canadiens, dont 9 destroyers, servirent en Corée, ainsi que 27 000 soldats (le quatrième contingent en importance sous le drapeau de l'ONU) dont 424 furent tués ou blessés.

C'est cependant l'OTAN qui bénéficia le plus de la remilitarisation spectaculaire du Canada en 1950. Dix mille hommes et 12 escadrilles furent expédiés en Europe, tandis que nos forces navales de l'Atlantique étaient principalement affectées à la défense du pacte. Cependant, la situation en Europe a évolué, et le Livre blanc sur la défense de 1994 a annoncé le rappel de ces troupes. Dorénavant, le Canada maintiendra ses forces militaires au pays en cas d'une nouvelle menace à la sécurité.

Les conflits auxquels les soldats canadiens ont pris part au cours de ce siècle ne furent pas une manifestation de patriotisme, car notre territoire n'était pas vraiment menacé. Notre engagement fut plutôt une question de principe : lors des deux guerres mondiales, nous défendions la démocratie, tandis que la sécurité commune était l'enjeu des guerres de Corée et du Golfe. Mais il s'agissait aussi pour le Canada d'obligations à remplir à l'endroit de ses bienfaiteurs puissants. Il s'engagea dans les deux guerres mondiales au nom de l'Angleterre, et dans celles de Corée et du Golfe pour appuyer les États-Unis.

 
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Le prix de la protection
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La participation aux conflits est le prix que le Canada a dû payer pour la protection des grandes puissances; mais même en temps de paix, il a continué à veiller aux intérêts de ses alliés et a maintenu sa participation à la défense commune. Le premier ministre William Lyon Mackenzie King exprima bien cet engagement dans sa réponse à la promesse faite par Roosevelt en 1938 : «Nous aussi, nous avons des obligations en tant que voisins et amis...»

En 1940, l'Accord d'Ogdensburg, qui concrétisait l'entente amorcée par King et Roosevelt en 1938, permit de mettre sur pied la Commission mixte permanente de défense et facilita la collaboration entre les deux pays sur le plan de la défense, non seulement pendant la Seconde Guerre mondiale, mais aussi après.

Le début de la Guerre froide ainsi que l'avance inquiétante des technologies militaires vinrent renforcer cette collaboration. L'Union Soviétique s'était dotée d'armes nucléaires et de bombardiers de longue portée capables de frapper l'Amérique du Nord. C'est pour cette raison que fut créé le commandement conjoint pour la défense aérienne de l'Amérique du Nord, aux termes du North American Air Defense Agreement (NORAD) ratifié en 1958. C'est la participation au NORAD, l'équivalent nord-américain de l'OTAN, qui devint la principale obligation du Canada sur le plan militaire après 1945. Bien que la menace de bombardement soviétique se soit estompée depuis longtemps, le NORAD demeure un élément majeur de notre politique de défense.

Les obligations du Canada envers l'OTAN et le NORAD ont parfois été la source de vifs débats au pays. L'un des points en litige a été notre politique de défense conventionnelle (non nucléaire). Nombre de Canadiens rejettent les armes nucléaires, bien qu'ils aient accepté la protection offerte par la force de dissuasion américaine. Dès l'aube de l'ère atomique, le Canada fit donc savoir que, tout en possédant les compétences techniques nécessaires, il n'allait pas devenir une puissance nucléaire. Cependant, vers la fin des années 1950, face à une Union Soviétique de plus en plus forte, les troupes canadiennes durent accepter de prendre part à la défense nucléaire préconisée par l'OTAN et par le NORAD. Les débats soulevés par cette question contribuèrent à la défaite, en 1963, du gouvernement conservateur de John Diefenbaker. Le gouvernement libéral, sous Lester Pearson, honora les engagements du Canada, mais la controverse se poursuivit dans l'arène politique.

En 1968, le premier ministre Pierre Elliot Trudeau mit fin à la participation du Canada à la défense nucléaire, décision qui entraîna la révision la plus exhaustive jamais faite de la politique de défense canadienne. Cette révision préconisait une réduction considérable des troupes et de l'équipement que le Canada devait fournir à l'OTAN. En 1971, à la consternation des autres membres de cette organisation, les effectifs canadiens en Europe, qui comptaient 10 000 soldats, furent diminués de moitié. La révision conclut en outre que le rôle des troupes canadiennes du NORAD était de protéger l'intégrité de l'espace aérien et des zones côtières du pays, plutôt que d'anticiper des bombardements soviétiques dont la menace avait déjà beaucoup diminué.

Cependant, ce désengagement fut de courte durée. En 1975, le Canada réaffirma ses obligations envers l'OTAN en achetant de l'Allemagne de l'Ouest 128 chars de combat Léopard I conçus pour servir en Europe centrale. En 1983, il fortifiait ses défenses nord-américaines en ratifiant le Programme canado-américain d'essai et d'évaluation (CANAM). En dépit d'une certaine opposition, le CANAM permettait aux États-Unis d'utiliser notre espace aérien pour y faire l'essai de missiles de croisière à capacité nucléaire.

De telles mesures constituent plus souvent des instruments diplomatiques utiles que des indices de notre puissance militaire; elles symbolisent notre respect des alliances même en l'absence d'un ennemi commun déclaré. Nos alliés apprécient cet engagement et y voient la preuve que le Canada entend partager le fardeau de la défense commune. En outre, ces alliés comptent parmi nos plus proches partenaires commerciaux; notre participation militaire est la contrepartie des bénéfices économiques qui résultent de cette situation. En 1994, le Livre blanc sur la défense reconnaissait l'existence d'une relation étroite entre les politiques canadiennes relatives au commerce et à la défense. Il voyait, par exemple, un intérêt croissant pour la sécurité de l'Asie et de l'Amérique Latine, puisque le Canada s'efforce de renforcer ses liens commerciaux avec ces régions. Mais le maintien de forces armées affecte aussi notre économie au pays.

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La défense et l'économie
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Le maintien d'une armée avec tout le personnel, l'équipement et les bases militaires que cela entraîne est très dispendieux, mais comporte aussi des avantages. Par l'achat de services et de matériel et l'entretien des bases militaires au fil des années, le gouvernement fédéral à contribué à aplanir les disparités régionales, en particulier dans les régions du Québec et du Canada atlantique où le chômage est élevé. De coûteux programmes d'acquisition de matériel militaire ont souvent été mis sur pied au profit de notre économie. Au début des années 1980, avant la fin de la Guerre froide, un certain nombre de projets de défense de haute technologie qui engageaient un personnel et des capitaux importants ont été entrepris, et sont toujours en vigueur malgré les récentes compressions au budget de la défense. Le contrat accordé en 1983 à un chantier maritime du Nouveau-Brunswick pour la construction de 12 frégates de reconnaissance, à un coût de 404 millions de dollars, en est l'un des meilleurs exemples. Le premier vaisseau a été livré en 1991, l'année où l'Union soviétique fut dissoute; le dernier le sera en 1996.

Cette relation entre la défense et l'économie, qui s'est développée pendant la Guerre froide, a pris une grande importance. Néanmoins, les 7 p. 100 du budget de février 1994 alloués à la défense représentaient une baisse comparativement aux 8 p. 100 du budget de 1991. L'achat de matériel sera réduit de 15 milliards de dollars au cours des 15 prochaines années; de plus, on prévoit une réduction de 25 p. 100 des effectifs militaires de 1994 à 1999. Par contre, les services sociaux et de santé se sont vu allouer 35 p. 100 du budget. La déception des Canadiens à la récente fermeture de bases militaires trahit la crainte des conséquences sociales et économiques qu'entraînent les réductions du budget de la défense. Cependant, ils sont aussi conscients qu'en période de difficultés économiques, les fonds consacrés à la défense sont soustraits aux services de santé, au bien-être social et à l'éducation supérieure.

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L'avenir du maintien de la paix
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Traditionnellement, c'est en interposant des troupes neutres entre les combattants qu'on assurait le maintien de la paix. La plus connue des missions canadiennes de ce type, et peut-être la plus réussie, est la première Force d'intervention des Nations Unies au Moyen-Orient. Il s'agissait d'une initiative canadienne, commandée à l'origine par un soldat canadien. Pour nombre d'entre nous, cette mission prouvait qu'une puissance moyenne pouvait aider à désamorcer les conflits internationaux par une diplomatie impartiale autant que par la contribution de personnel et de matériel. La paix entre Israël et ses voisins arabes se maintint pendant une décennie, de 1956 à 1967, et le ministre canadien des Affaires extérieures, Lester Pearson, reçut le prix Nobel de la paix pour avoir proposé cette mission aux Nations Unies.

Cependant, la Force d'intervention quitta le Moyen-Orient en 1967; comme Pearson l'avait craint, car sa proposition ne prévoyait aucune mesure de maintien de la paix, la guerre se déclara à nouveau entre Arabes et Israéliens. De nos jours, le maintien de la paix ne consiste plus en une simple intervention neutre, un rôle militaire qui convenait à une nation non militariste telle que la nôtre; l'absence de toute paix à maintenir dans les régions instables est devenue un problème majeur. Les missions futures comporteront peut-être une intervention armée visant à instaurer la paix après la résolution du conflit. Suite aux récentes prises d'otages en Somalie et dans les Balkans, le Canada et les autres nations chargées de maintenir la paix se montreront plus circonspectes dans le choix de ces missions. Des politiques plus claires sur le partage des responsabilités, la structure du commandement et les règles d'intervention sont en cours d'élaboration, afin de préciser les devoirs des troupes comme de leurs dirigeants.

En dépit de ces nouvelles difficultés, le Livre blanc sur la défense de 1994 a augmenté de 3 000 le nombre de soldats canadiens susceptibles de prendre part aux opérations de maintien de la paix des Nations Unies. Le Canada entend donc maintenir ses engagements à l'égard d'un rôle militaire devenu coûteux, dangereux et exigeant sur le plan logistique.

 
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Vers un rôle nouveau
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L'histoire de la politique de défense canadienne dénote un engagement qui dépasse de loin la protection du territoire national. Notre tradition militaire a été de soutenir les grandes puissances protectrices, de défendre les principes démocratiques, de cultiver les alliances militaires, de protéger nos partenaires commerciaux, et, de plus en plus, de participer aux opérations onusiennes de maintien de la paix et de sécurité internationale. Le Canada a souvent été obligé d'impressionner ses amis autant que ses ennemis.

La fin de la Guerre froide et le nouvel équilibre des pouvoirs ont amélioré la sécurité du Canada et de ses alliés. En même temps, les guerres civiles et les conflits entre petites nations moins puissantes sont plus nombreux, entraînant la répression, la souffrance et de terribles bouleversements. Ces conflits remettent en question les responsabilités des dirigeants nationaux et des organisations sécuritaires, ainsi que la composition et le déploiement de leurs forces armées. De nouvelles stratégies et pratiques militaires seront-elles nécessaires afin d'assurer le maintien de la paix sans pour autant exposer les soldats à des dangers inutiles? Bien que ces conflits récents ne menacent pas notre sécurité, sommes-nous moralement responsables de leur résolution?

Selon le plus récent Livre blanc sur la défense, il est dans l'intérêt national de maintenir des forces armées polyvalentes et prêtes au combat. Malgré une réduction de 14,2 p. 100 d'ici à 1997, le budget d'exploitation du ministère de la Défense nationale est toujours le plus important de tous les ministères fédéraux.

En outre, le Livre blanc identifie les défis auxquels nos forces armées doivent faire face. L'un des plus inquiétants est la diffusion des technologies d'armement de pointe, et l'impossibilité d'empêcher certaines nations peu fiables d'acquérir des armes de destruction en masse. Nous avons joué divers rôles sur le plan international, tels que la protection des réfugiés, la livraison de nourriture et de matériel médical ainsi que le maintien des services essentiels dans les pays où l'ordre civil s'était effondré.

Il nous faut en outre surveiller notre territoire, notre espace aérien et nos zones côtières. Le personnel et le matériel spécialisés des forces armées sont utilisés par d'autres ministères dans les opérations de recherche et de sauvetage, la protection des zones de pêche, la lutte contre le trafic de la drogue et la protection de l'environnement, ainsi qu'à la suite des sinistres et dans les situations où une aide humanitaire est nécessaire. Au cours des dernières années, les forces armées ont joué un rôle utile dans la résolution des disputes périodiques au sujet de la pêche en haute mer, par exemple.

Les obligations militaires contractées par le Canada tant par principe que pour des raisons économiques et diplomatiques sont si diverses et si étendues qu'elles dépassent désormais ses capacités militaires. Jusqu'à quel point ces obligations grèveront-elles nos ressources économiques? Contribueront-elles à fortifier notre nation? Il nous faudra répondre à ces questions pour relever efficacement le défi de la défense du Canada.


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